L’Europe : qu’en dit l’Église ?


Les élections européennes se déroulent le dimanche 26 mai et la question de l’avenir du projet européen est d’une actualité brûlante. L’Eglise catholique a toujours montré un vif intérêt pour la construction européenne et continue de s’y associer. Alors aujourd’hui, quelle espérance pour l’Europe ? Quelle contribution chrétienne à la construction ? Le christianisme serait du passé, mais la communauté européenne a besoin d’un nouveau souffle ?

Mgr Antoine Hérouard, évêque auxiliaire Lille et délégué français à la Commission des Épiscopats de l’Union européenne (COMECE) est venu dans le diocèse pour deux conférences sur ce sujet : "L’Europe en questions : qu’en dit l’Église ?". Il éclaire dans une interview ci-dessous quelques uns des enjeux de l’avenir de l’Union Européenne.

La COMECE, en savoir plus

La COMECE est la Commission des Épiscopats de l’Union européenne, se compose d’Évêques délégués par les Conférences Épiscopales catholiques des 28 États membres de l’Union Européenne. Sa mission est d’accompagner la politique de l’Union Européenne dans chaque domaine d’intérêt pour l’Église. Une petite équipe est chargée de suivre et d’analyser les politiques et initiatives de l’Union Européenne et d’apporter une contribution aux procédures pertinentes.

Site Comece

L’Union européenne, où en sommes nous aujourd’hui ?

Pour Mgr Herouard, l’Union européenne n’a pas très bonne presse. Elle est souvent jugée comme une construction lointaine, inefficace…. Sur certains questions, la construction d’une politique européenne commune n’est pas possible actuellement (ex : la gestion des migrants, politique de défense, diplomatie commune).

L’Union doit aujourd’hui composer avec les clivages entre les pays de l’Europe de l’Ouest, du centre et de l’Est, sans oublier les égoïsmes nationaux qui peuvent rendre Bruxelles responsable des échecs, sans que cela correspondre à la réalité.

La sortie de l’Angleterre de l’Union européenne (Brexit) a aussi créé un vertige dans de nombreux pays partie prenante du projet européen et amené de nombreuses interrogations chez les citoyens.


L’Eglise catholique dans le projet européen

L’Église a le devoir de préserver et de faire grandir la paix en Europe. La construction européenne est un temps unique dans notre histoire. Toutefois la paix reste fragile et toujours à construire : la guerre est à nos portes (Ukraine, Ex-Yougoslavie, etc.).
En 70 ans, « une vraie réconciliation a eu lieu », c’était le projet des fondateurs.

L’Église s’est toujours intéressée à la construction de l’Europe. On pense à particulier à l’exhortation du pape Jean-Paul II, Ecclesia in Europa (2003), où il soulignait que « le christianisme [est] comme facteur d’unité en Europe ». Il soulignait aussi "la crise du sens en Europe" et "son manque d’élan".
Pour saint Jean-Paul-II, « dire Europe doit pouvoir dire ouverture » et « mondialisation dans la solidarité ».

l'Eglise catholique dans l'Union européenne from tv.catholique.fr on Vimeo.

Rencontre avec Mgr Antoine Hérouard, évêque auxiliaire de Lille et représentant de la Conférence des évêques de France à la COMECE.
Mgr Hérourd explique ce qu'est la COMECE, il présente le texte « Façonner l’avenir du travail» publié par la Commission des affaires sociales et évoque les préoccupations de l'assemblée plénière de la COMECE à l'approche des élections européennes.

Plus d'infos : http://www.comece.eu/la-comece-publie-une-rflexion-sur-lavenir-du-travail

A l’heure actuelle, le pape François a déjà prononcé cinq grands discours sur l’Europe. Son regard d’homme d’Amérique du Sud est extérieur à notre continent, mais il redit fortement l’importance de la question européenne.

"Repenser l’Europe" : 7 points clés pour le pape François

Le 28 octobre 2017, le pape François a prononcé un discours aux participants d’une conférence sur l’avenir de l’Europe . Les propos du pape sont d’une grande cohérence sur le projet européen et apporte une vision globale des enjeux qui sont ceux de l’Union aujourd’hui. (Source : Vatican.va


On peut résumer la pensée de François autour de sept points :

  • Mettre l’être humain au centre : en prenant en compte des personnes et pas des chiffres (les migrants et pas les quotas, des chômeurs et pas seulement le taux d’activité, etc.)
  • Il invite les décideurs européens à redécouvrir le sens du mot "communauté" ; en effet l’Europe est l’appartenance à une communauté. C’est le meilleur antidote aux individualismes.
  • L’Europe doit être vécu comme un lieu de dialogue. Les chrétiens sont appelés à favoriser le dialogue politique, là ou semble prévaloir l’affrontement.
  • L’Europe doit progresser vers une communauté inclusive, bien loin de l’indifférenciation généralisé, mais en valorisant nos différences comme un patrimoine commun.
  • L’Europe est à imaginer comme un lieu de solidarité, à travers le soutien mutuel au sein d’une communauté. Cette conception est indispensable pour l’avenir du projet européen, afin de sortir des fonctionnements qui se résument à des sommes d’égoïsmes dans le monde économique, social, etc.
  • L’Europe vit aujourd’hui un déficit de mémoire, le pape l’appelle à reconnaître la valeur de son passé pour transmettre un avenir d’espérance aux jeunes générations.
  • L’Europe comme source de développement pour elle même et le monde entier. Elle doit porter cette dimension du développement intégral de l’homme, de tout homme.
  • L’Europe comme promesse de paix : "Enfin, l’engagement des chrétiens en Europe doit constituer une promesse de paix. "L’Union Européenne maintiendra la foi dans son engagement pour la paix dans la mesure où elle ne perdra pas l’espérance et saura se renouveler pour répondre aux besoins et aux attentes de ses citoyens. "


La présence institutionnelle de l’Église dans l’Union européenne

Le lien institutionnel entre l’Eglise catholique et les institutions européenne s’est construit progressivement.

En 1980, la COMECE (Commission des Épiscopats de l’Union européenne) voit le jour (cf. plus haut). Elle cherche depuis près de 40 ans à favoriser le travail des conférences épiscopales dans le domaine de compétences de l’Union européenne.

L’article 17 du traité de Lisbonne (décembre 2007 signé entre les vingt-sept États membres de l’Union européenne), promeut un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les Eglises ; les rencontres avec les responsables sont régulières.

Pour l’évêque auxiliaire de Lille, l’Église ne cherche pas dans ce cadre à défendre des intérêts particuliers, mais elle souhaite donner un éclairage aux décideurs européens sur ce que dit l’Evangile autour de domaines comme la recherche (santé-bioéthique), l’écologie, la justice, les droit fondamentaux, la politique sociale, la liberté religieuse, les migrants, etc.

Récemment, la COMECE vient de remettre un texte aux responsables européens sur "le travail en Europe". L’Eglise catholique y fait 17 recommandations en s’appuyant sur la nécessité de construire une économie sociale de marché, valoriser le travail familial (élever des enfants, soutenir un parent âgé), réintégrer la protection du dimanche ou encore intégrer la durabilité comme vecteur central de l’investissement privé...


L’Europe, une nécessité pour continuer d’exister, peser

Pour Mgr Hérouard, il est nécessaire aujourd’hui de penser la relation de l’Europe avec le reste du monde. L’Europe évolue dans un monde qui n’est plus euro-centré. Toutefois, elle reste très regardée et attendue, car l’Union européenne est unique au monde dans son mode de construction.
Les pays de l’Union ont besoin de l’Europe, car chaque état seul ne pourra peser suffisamment au niveau mondial dans les années à venir.

Prière du Cardinal Martini pour l’Europe

Père de l’humanité,
Seigneur de l’histoire,
Regarde ce continent auquel tu as envoyé
des philosophes, des législateurs et des sages,
précurseurs de la foi en ton Fils mort et ressuscité.
Regarde ces peuples évangélisés
par Pierre et Paul,
par les prophètes, les moines et les saints.
Regarde ces régions baignées
par le sang des martyrs
et touchées par la voix des réformateurs.
Regarde les peuples unis par de multiples liens
et divisés par la haine et la guerre.
 
Donne-nous de nous engager
pour une Europe de l’Esprit,
fondée non seulement sur les accords économiques
mais aussi sur les valeurs humaines et éternelles :
une Europe capable de réconciliations
ethniques et œcuméniques,
prompte à accueillir l’étranger,
respectueuse de toute dignité.
 
Donne-nous de regarder avec confiance notre devoir
de susciter et promouvoir une entente entre les peuples
qui assure pour tous les continents
la justice et le pain,
la liberté et la paix.
Carlo Maria Cardinal MARTINI (1927-2012)
26 mai 2005

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