Confinement : Samedi saint, le grand silence

Célébrer dans nos maisons en communion avec l’Eglise

Nous savons combien la prière discrète et silencieuse a cette capacité d’offrir réconfort et lumière auprès de notre monde dans la nuit. Plus encore, la prière nous garde vigilants, elle nous humanise vraiment en ce qu’elle est un antidote à ce danger d’anesthésie que provoque le matérialisme ambiant auquel nous succombons si souvent.
+Mgr Emmanuel Delmas, Évêque d’Angers

La tradition de l’Eglise enseigne que Jésus, durant ce jour qui précède sa résurrection, est descendu aux enfers (le lieu de repos des défunts, à ne pas confondre avec l’enfer, le lieu qui refuse Dieu) pour aller annoncer à l’humanité son salut. Les icônes montrent souvent Jésus qui tire Adam et Eve (et donc tous les défunts) afin de les prendre avec lui et de les conduire vers le Père. Le tableau de la cathédrale d’Angers montre ainsi Jésus qui libère l’humanité de la mort où elle semblait engloutie.

Le Roi sommeille. La terre à tremblé et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. (…)Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s’est mis à trembler.
C’est le premier homme qu’il va cherche, comme la brebis perdue. (…) Le Seigneur s’est avancé vers eux, muni de la croix, l’arme de sa victoire. Lorsqu’il le vit, Adam, le premier homme, se frappant la poitrine de stupeur, s’écria vers tous les autres : "Mon Seigneur avec nous tous !" Et le Christ répondit à Adam : "Et avec ton esprit". Il le prend par la main et le relève en disant : Eveille-toi, ô toi qui dors, relève toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera. (…) Je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts.

Homélie de l’Antiquité.

Voici des propositions pour le Bénédicité lors de vos repas de ce jour.

Bénédiction du repas

le midi :
Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, tu nous combles de tes biens
en ton fils Jésus, lumière du monde.
Accorde-nous une âme de pauvre pour accueillir tes largesses dans l’action de grâce
et l’attente paisible de la résurrection,
par Jésus, le Christ, notre Sauveur. Amen

le soir :
Béni sois-tu, Dieu notre Père pour Fils Jésus ;
Source de vie, il a détruit la mort.
Accorde-nous de te rendre grâce,
de partager ce repas fraternel, en attendant, pleins d’espérance,
l’aube d’un monde nouveau,
en Jésus ressuscité, notre Seigneur et notre Dieu
pour les siècles des siècles. Amen.

Descente du Christ au séjour des morts - Cathédrale d’Angers

Méditation sur le Samedi Saint

Après avoir traversé le siècle dernier, l’humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. […] Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulag, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint  : l’obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s’interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité.
Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d’espérance. […] Le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d’une espérance qui ne connaît pas de limite.
[…] Jésus Christ “est descendu aux enfers”. Que signifie cette expression ? Elle signifie que Dieu, s’étant fait homme, est arrivé au point d’entrer dans la solitude extrême et absolue de l’homme, où n’arrive aucun rayon d’amour, où règne l’abandon total sans aucune parole de réconfort  : “les enfers”. […] L’impensable a eu lieu  : c’est-à-dire que l’Amour a pénétré “dans les enfers”  : dans l’obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L’être humain vit pour le fait qu’il est aimé et qu’il peut aimer ; et si dans l’espace de la mort également, a pénétré l’amour, alors là aussi est arrivée la vie. À l’heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls. […]
Tel est le mystère du Samedi Saint ! Précisément de là, de l’obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d’une espérance nouvelle  : la lumière de la Résurrection.”
Benoît XVI (2 mai 2010)