Entrée en carême : quels sont nos besoins et désirs profonds ?

Méditation par le P. Jean Joncheray

Le carême est une occasion dans l’année qui nous est donnée pour réfléchir au sens de notre vie sous le regard du Christ. Finalement, qu’est ce qui nous fait vivre ? Le P. Jean Joncheray, prêtre du diocèse d’Angers, apporte quelques éléments de réponse dans la méditation ci-dessous que nous pouvons nous approprier pour ce carême 2019.


« L’homme ne vit pas seulement de pain… »
Mais alors, qu’est-ce qui nous fait vivre ?

Voici, selon Saint Luc, la première réponse de Jésus au tentateur dans le désert : « L’homme ne vit pas seulement de pain… »

Ce serait une erreur de croire que Jésus n’attache pas d’importance à la nourriture. N’a-t-il pas fait au contraire de notre solidarité avec ceux qui ont faim le critère de notre vie avec lui, le moyen de le reconnaître parmi nous : « J’ai eu faim, j’ai eu soif… », nous dit-il en Matthieu 25.

La satisfaction des besoins essentiels, qui sont énumérés là, sont indispensables à notre survie : la nourriture, l’eau, la terre, un logement, le vêtement, la santé, la liberté…
Nous ne sommes pas dispensés de travailler à ce que tous les humains puissent avoir accès à ces biens fondamentaux.

La tentation c’est de ne vivre que pour ça… alors que Jésus nous dit qu’on ne vit pas seulement de ça : ça ne suffit pas à nous faire vivre. Ça nous permet seulement de survivre.


Et la proposition de Jésus, reprise par les chrétiens, pendant le Carême, c’est de faire l’expérience de s’en priver, un peu, momentanément, pour nous rendre compte de quoi nous vivons vraiment, de ce qui nous est vraiment indispensable pour vivre…
D’où la question : Qu’est-ce qui me fait vivre, qui donne du goût, du sens à ma vie ? A quoi je rêve ? A quoi j’aspire ? Qu’est-ce que je désire ? De quoi ai-je soif ?

Ecouter les désirs qui nous font vivre !

Il n’y a pas seulement ce dont j’ai besoin, il y a aussi ce que je désire. Nos besoins peuvent être rassasiés : à la fin d’un repas correct, on n’a plus ni faim ni soif. Nos besoins sont limités mais nos désirs sont insatiables.

En fait, en nous invitant à reconnaître les limites de nos besoins, Jésus nous invite à nous ouvrir à nos désirs… qui eux, sont illimités.

Il va donc falloir choisir parmi nos désirs. Certains peuvent nous amener à des addictions. D’autres sont de vrais dynamismes, ils nous font vraiment vivre.

D’où la question : parmi mes désirs, lesquels seraient des tentations ? Qu’est-ce qui me tente ? Qu’est-ce qui serait dangereux ?
Il ne s’agit pas de réfréner par principe nos désirs, nos rêves. Ecoutons-les au contraire… et faisons un tri. Ne laissons pas nos besoins fondamentaux se transformer insensiblement en désirs illimités.

Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus beau. Pourquoi pas ? Mais toujours plus vite, ou toujours plus… sans précision, où cela nous mène-t-il ? Accumuler devient vite très décevant.

La fin de la citation biblique proposée par Jésus, nous la trouvons dans l’Evangile de Matthieu : ‘L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu’ (Mt 4,4 citant. Dt 8,3)

Est-ce bien cela qui me fait vivre ? C’est la question à laquelle est forcément confronté tout chrétien, toute personne qui s’engage à vivre en disciple du Christ par le baptême.
Mon ‘désir’ de vivre, de vivre bien et heureux, c’est Dieu qui me le donne, puisque c’est lui qui donne la vie. Je désire vivre, c’est Lui que je désire, peut-être sans le savoir.

C’est une soif ‘insatiable’ en fait que la soif de Dieu, puisque sur cette terre, elle ne sera jamais totalement satisfaite. Comme si Dieu nous faisait attendre le moment de la grande rencontre avec lui. Serait-ce une addiction ? Non, je crois que c’est vraiment un dynamisme qui nous met en marche, qui nous donne le goût de vivre intensément !


Convertir nos désirs

Voici comment Saint Augustin nous invite à écouter et à convertir nos désirs :

« Dieu, en nous faisant attendre dilate le désir ; par le désir, il dilate l’âme ; en la dilatant, il augmente sa capacité (…) mais le saint désir nous exerce au combat seulement dans la mesure où nous avons dépouillé nos désirs de l’amour du monde (…) Vide ce qui doit être rempli. Tu dois être rempli de bien, vide le mal. Songe que c’est de miel que Dieu veut te remplir (…) appelons-le ‘miel’, appelons-le ‘or’, appelons-le ‘vin’. Quel que soit le nom que nous donnions à ce qui ne peut être nommé, quel que soit le terme que nous voulions employer, cela s’appelle « Dieu ». (…) Elargissons nos âmes pour recevoir Dieu, afin qu’il nous remplisse lorsqu’il viendra. »

P. Jean Joncheray

Aller plus loin :
Célébration de l’appel décisif : dimanche 10 mars au centre diocésain (Angers, 36 rue Barra)
Vivre les 5 dimanches de Carême en famille