La fin de vie : Vulnérabilité et fraternité

L’aide active à mourir est aujourd’hui interdite en France. Mais le débat actuel pourrait faire évoluer le cadre législatif et la rendre possible. Doit-on s’inquiéter d’une telle modification ? Et quels en sont les enjeux ?

Pour fournir des éléments de réponse, le diocèse a organisé une soirée de réflexion, réunissant un médecin en soins palliatifs, le docteur Jean-François Richard, un juriste, Erwan Le Morhedec, et une théologienne, Marie-Dominique Trébuchet. Un éclairage médical, juridique et éthique indispensable pour discerner sur ce sujet délicat, qui nous concerne tous.

Qu’est-ce que la fin de vie ? Pour le docteur Jean-François Richard, médecin à la maison médicale Jeanne-Garnier à Paris, une définition « légale » ne suffit pas. Au-delà d’un temps précis désignant les derniers instants de l’existence d’une personne, il s’agit d’une expérience singulière, propre à chacun, avec la souffrance comme point commun à toutes les histoires particulières.

Accompagnement médical et humain

Cette souffrance, la médecine l’accompagne grâce aux soins palliatifs, où s’articulent des traitements soulageant les douleurs physiques, avec un soutien humain, prenant en compte la souffrance psychique, sociale et spirituelle, à la fois pour le patient et pour ses proches.
C’est bien à ce double objectif que répond la loi actuelle Léonetti-Claeys, en vigueur depuis février 2016. Son premier article indique que « toute personne a le droit d’avoir une fin de vie digne et accompagnée du meilleur apaisement possible de la souffrance ». Ce qui signifie que toute personne en fin de vie doit avoir accès aux soins palliatifs et que, dans certaines conditions, elle peut demander une sédation profonde et continue pour soulager ses souffrances.

Vulnérabilité et fraternité

Aujourd’hui, cette loi est contestée, au nom de la liberté de chacun à choisir les modalités de sa mort. Suicide assisté, euthanasie sont revendiqués pour des personnes en souffrance mais qui ne sont pas en fin de vie. Or, le souligne Erwan Le Morhédec, nous devrions plutôt agir au nom de la vulnérabilité. Une personne souffrante, diminuée, pourra-t-elle vraiment discerner en toute liberté si elle souhaite ou non qu’on l’aide à mettre fin à ses jours, se dégageant de toute influence familiale, amicale, médicale, sociale ? Pour le juriste, la loi devrait plutôt créer les conditions pour protéger ces personnes vulnérables, afin qu’elles n’aient pas à se poser la question.
Et, souligne Marie-Dominique Trébuchet, ce souci de la vulnérabilité doit s’appuyer sur la dimension de fraternité. L’individu ne peut en effet se réduire à sa propre volonté, se définir exclusivement par son autonomie, jusque dans le choix du moment et du moyen de sa mort. Être humain, ce n’est pas maitriser sa vie sans les autres, c’est au contraire la partager avec les autres. La loi doit mettre en œuvre cette fraternité de vie fondée sur notre humanité commune, qui oblige tous les êtres humains.

Cette soirée avait pour but d’initier une réflexion éclairée sur le thème de la fin de vie dans le diocèse. Elle devra se poursuivre et s’enrichir au cours de rencontres de type plus participatif où les témoignages et questionnements pourront être partagés et approfondis.

Pour contacter la cellule de veille bioéthique

Sédation profonde et continue : administration d’un traitement médicamenteux, afin de diminuer la vigilance du malade, pouvant aller jusqu’à la perte de conscience. Autorisée par la loi lorsque le pronostic vital est engagé à court terme (estimé à 10 jours maximum), et que le patient présente une souffrance insupportable, résistante aux traitements.
Suicide assisté : acte de fournir à une personne les moyens nécessaires pour qu’elle mettre fin à sa vie.
Euthanasie : acte médical par lequel un médecin met intentionnellement fin à la vie d’un patient, à la demande volontaire et expresse de celui-ci.