La tapisserie de la Dormition de Marie

Laine et soie - 6-7- fils de chaîne au cm - Hauteur 1 m 96 - Largeur 5,40 m.Date estimée : fin XVe, début XVIe.
Tapisserie plus grande à l’origine : le pilier du bord gauche est coupé ; les pieds des personnages de devant sont coupés, ainsi que le plafond et le ciel de lit.
Elle a été restaurée entre 1927 et 1932 aux Gobelins.

La Dormition de la vierge

Sources : Aucun Évangile ne raconte la mort de Marie, seulement des écrits apocryphes bien plus tardifs, en particulier Le livre du passage de la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu, dit encore, le Transitus Mariae. La Légende Dorée de Jacques de Voragine (vers 1265), reprend le thème dans un chapitre intitulé : « L’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie ».
Le récit est souvent divisé en quatre scènes : dormition, funérailles, assomption, couronnement.
L’archange Gabriel a visité Marie, lui annonçant sa mort prochaine et lui remettant une palme qui devra être portée par Jean lors de la cérémonie funèbre. Après trois jours de prière, la Vierge désire revoir les apôtres, et Gabriel les transporte miraculeusement auprès d’elle.

La gravure qui a servi de modèle au carton de cette pièce est issue d’un Livre d’heures à l’usage de Rome, daté du 22 août 1498 (Paris, bibliothèque Ste Geneviève, OE XV 261, fol.30)

Tapisserie de la Dormition vierge (partie)

Une scène réaliste : Marie est étendue, morte, sur son lit, enveloppée de son manteau bleu et bien auréolée. Tout autour sont les douze apôtres. Seuls sont identifiables Pierre et Jean qui assurent la célébration de l’absoute (prière prononcée autour du cercueil après l’office des défunts) ; autour du lit, sept apôtres, dont un suit la prière du rituel et trois autres portent croix, bénitier, encensoir…

En effet, est représentée une célébration de funérailles selon le rite du XVème siècle, comme l’Église les a connues jusqu’à la réforme liturgique du concile Vatican II (1962-1965).
Sur son aube, Pierre porte l’étole croisée, serrée par un cordon ; d’une main il tient le rituel et de l’autre, asperge le corps de Marie avec le goupillon d’eau bénite. Jean, figure juvénile, porte,dans sa main gauche, la palme du Salut, donnée par l’archange Gabriel et, de sa main droite, maintient un cierge allumé dans les mains croisées de Marie. Un servant tient le bénitier, un autre approche l’encensoir, tandis qu’un troisième tient bien droite la croix ; autant d’accessoires et de cérémonial qui ne sont pas du temps de la mort de Marie !

L’apôtre qui porte l’encensoir, l’attention distraite et attirée par les trois derniers arrivants, semble leur indiquer, d’un signe discret, mais impérieux de l’index gauche, de venir se placer près du lit.
L’un de ces arrivants s’empresse, les bras déjà croisés, pendant que les deux autres, pas encore dans le recueillement,cherchent à lire dans le même livre : sont-ils en train de chanter le « Libera me » des funérailles ?Sont-ils deux théologiens discutant déjà de théologie mariale ? Ou sont-ils les missionnaires qui étaient déjà partis dans des pays lointains ?
Un étonnement : quatre personnages n’ont pas d’auréole ; est-ce voulu ? Est-ce un effacement dû au temps ? L’effet d’une restauration ?

Le décor est celui d’une chambre de demeure profane du XVème siècle : fenêtre à simple croisillon et sans résille de plomb, paysage campagnard et anonyme dans la fenêtre à meneau, panneaux des portes du meuble à « plis de serviette », pièces de vaisselle plutôt rustique, lit à courtines soutenues par deux minces piliers cannelés en bois, muraille solidement construite en pierres de taille claires (tuffeau ligérien ?), sol carrelé de terres cuites vernissées bleues.

Le dessin, en général est assez fruste, gros traits, visages aplatis, certaines disproportions. D’autres tapisseries sur le même sujet (Reims, St Florent) sont plus raffinées (décor plus riche et dessin plus souple). Il y a seulement quatre couleurs de laine, restées vives ; les battages assurent les nuances et les transitions.

Longtemps, en raison d’une largeur égale, cette tapisserie était cousue avec celle des Anges musiciens. Cette dernière fut placée au-dessus, comme pour constituer un couronnement de la Dormition.
D’après André Léridon