Déclaration finale de l’assemblée des évêques à Lourdes


Du 5 au 10 novembre 2019, les évêques de France se sont retrouvés à Lourdes pour une session de travail et de réflexion commune. Mgr Eric de Moulins-Beaufort, nouveau président de la Conférence des évêques de France a prononcé la déclaration finale.

Les avancées de l’Assemblée plénière des évêques de France de novembre 2019

"Dans sa détermination à lutter contre la pédophilie, l’Église de France franchit un cap significatif lors de l’Assemblée plénière des évêques de France de novembre 2019.
Les évêques de France ont pris ce matin des décisions importantes pour avancer dans les quatre processus qu’ils ont engagés depuis novembre 2018 avec la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) pour mettre fin aux abus sexuels dans l’Église.

Jusqu’il y a quelques années, l’impact des abus sexuels commis par un adulte contre une personne mineure n’était pas vraiment compris. Grâce à la rencontre de personnes victimes, les évêques ont pris conscience que l’enfant ou le jeune ainsi atteint avait subi un traumatisme qu’il ne pourrait surmonter qu’au prix de grandes souffrances.

Lorsque, de surcroît, l’agression sexuelle a été causée par un clerc, une double relation a été abîmée : la relation du jeune avec l’adulte dont il attendait bienveillance et aussi sa relation avec Dieu. Les personnes victimes ont souvent insisté sur ce point.

Un dispositif de reconnaissance des causes de la souffrance

Le groupe de travail CEF-CORREF piloté par Mgr Pascal Delannoy, après l’avoir travaillé avec des personnes victimes, a présenté aux évêques un dispositif de reconnaissance de la souffrance vécue par les personnes qui ont été victimes de la part de prêtres ou de diacres d’agressions sexuelles lorsqu’elles étaient mineures. Les évêques l’ont adopté.

Par ce dispositif, les évêques souhaitent manifester clairement et concrètement aux personnes qui leur ont révélé les actes de certains prêtres ou diacres, qu’ils les reconnaissent comme victimes, non seulement de l’atteinte ou de l’agression subie mais aussi du silence, de la négligence, de l’indifférence, de l’absence de réaction ou de mauvaises décisions ou de dysfonctionnements au sein de l’Église.

Chaque évêque prendra l’initiative de renouer avec les personnes victimes qu’il connaît pour leur exposer comment l’Église travaille à conserver la mémoire de ce qui s’est produit, à la prévention de ces actes, aux modalités d’accompagnement des clercs coupables afin que de tels actes ne se reproduisent plus et pour offrir aux personnes victimes de recevoir, si elles l’acceptent, une somme d’argent unique et forfaitaire.

Cette somme d’argent proposée n’est ni une indemnisation qui dépend de la justice de notre pays ou de la justice canonique ni une réparation. Elle vise à reconnaître que la souffrance des personnes victimes tient aussi à des manquements d’ordres divers au sein de l’Église. Le dispositif décidé vaudra, au long des années, pour toutes les personnes dont les évêques auront à reconnaître qu’elles ont été abusées sexuellement par un clerc étant mineures.

La place des personnes victimes dans ce travail

Les évêques expriment leur gratitude aux personnes qui participent aux groupes de travail. Ils assurent de leur grande reconnaissance les personnes victimes qui ont accepté de travailler avec les groupes et de venir jusqu’à Lourdes et ceux et celles qu’elles représentent. Ils n’oublient pas celles et ceux qui, en raison de ces faits subis ou connus, ont quitté l’Église et renoncé à y trouver quelque fraternité et même quelque vérité que ce soit.

Le rôle de la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise

Les évêques ont été impressionnés par la présentation faite par M. Jean-Marc Sauvé du travail de la CIASE. Ils sont déterminés à aider au maximum cette commission. Ils renouvellent l’appel à toutes celles et tous ceux qui auraient subi des atteintes ou des agressions sexuelles de la part de prêtres ou de diacres ou de religieux ou de religieuses à prendre contact avec la CIASE. Les évêques ont décidé la constitution d’un fonds dédié de 5 millions d’euros pour financer leurs actions de lutte contre les abus sexuels et les travaux de la CIASE.

Des travaux à poursuivre

Les groupes de travail n’ont pas fini leur tâche :

  • concernant la dimension financière du dispositif de reconnaissance des causes de la souffrance, il faut désormais ouvrir le fonds nécessaire, fixer le montant de la somme forfaitaire, appeler à abonder le fonds ;
  • concernant la mémoire, le groupe travaille à la proposition d’un geste liturgique significatif, les évêques encouragent ce groupe de travail à offrir aux personnes victimes qui le désireraient la possibilité de faire le récit de leur vie (et pas seulement des faits) et, le cas échéant, de le déposer dans un lieu mémoriel ;
  • concernant la prévention et le suivi des clercs coupables, les deux groupes ont ébauché des préconisations qu’ils doivent préciser encore.

Les évêques sont conscients que le travail doit se poursuivre. La crise des abus sexuels appelle à combattre toutes les formes d’abus, ils contredisent l’Évangile de liberté et de dignité qui fonde la mission chrétienne. La parole du Christ résonne avec force : « Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. » (Jean 3, 20-21)."

Le 9 novembre 2019,

Mgr Eric de Moulins-Beaufort
Archevêque de Reims
Président de la Conférence des évêques de France

Deux laïcs du diocèse à Lourdes pour la session des évêques

Deux laïcs en mission ecclésiale (LEME) ont participé pour le diocèse d’Angers aux deux premiers jours de cette assemblée. Anaïs Montaclair, LEME au service Jeunes et Caroline Chambon, service Santé et Solidarités ont pris part en particulier aux échanges autour de l’écologie intégrale.


Interview du père Thierry Magnin, secrétaire général et porte-parole de la Conférence des évêques au sujet de l’Assemblée plénière de novembre 2019 pour comprendre les enjeux de cette assemblée.


Une démarche missionnaire sur trois ans

Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a souhaité que les assemblées permettent aux évêques de prendre en charge ensemble un défi missionnaire qui les rassemblerait tous.

Ils ont rapidement été convaincus que la transformation écologique était à la fois une mise en cause de nos habitudes de pensée et de vie et une opportunité formidable de faire briller les lumières de la Révélation de Dieu. Elle représente un défi sérieux pour nos sociétés et appelle un beau travail de la part de l’Église, comme l’encyclique Laudato Si’ avait permis de le comprendre. Le label « Église verte » aide beaucoup de réalités ecclésiales à contribuer aux efforts de tous.

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Mais les diocèses et, de façon générale, le peuple chrétien, peinent à entrer pleinement dans les perspectives ouvertes par le Saint-Père. Or, autour des communautés chrétiennes, des jeunes gens nombreux choisissent des modes de vie en rupture plus ou moins visible avec le cours ordinaire de nos sociétés, au nom de leur responsabilité écologique. La plupart n’ont pas besoin de l’Église pour changer : ils le font à partir d’une réaction toute humaine, parfois nourrie de la foi chrétienne, plus souvent en puisant dans d’autres traditions culturelles ou spirituelles ou même en se gardant avec virulence de tout lien avec le christianisme.

Il est donc proposé que pour cette assemblée de novembre 2019, les évêques puissent rencontrer quelques-uns de ces jeunes gens et se laissent bousculer par eux.

Ce thème était propice à un exercice de synodalité : c’est pourquoi le Conseil permanent à demandé aux évêques d’inviter à participer avec eux, aux deux premiers jours de l’assemblée, deux baptisés de chaque diocèse, femme, homme, laïc ou prêtre, diacre ou consacrée ou consacré… pas forcément le ou la spécialiste de Laudato Si’ des communautés chrétiennes. Il s’agit donc pour eux de convier deux personnes avec qui ils souhaitent réfléchir à l’avenir de la mission dans leur diocèse.

Les travaux sur ce thème commenceront le mardi 5 novembre à 8h30 par les Laudes à la grotte et s’achèveront le mercredi 6 après la messe.

Intervention du groupe « Promesse d’Église »

Le groupe « Promesse d’Église » est un groupe large et éclectique. Une trentaine de réalités variées s’y rassemblent (communautés, mouvements, associations) avec comme point commun l’exercice d’une certaine gouvernance au nom de l’Église et s’attache à répondre à la question « comment agissons-nous pour que les abus n’aient plus lieu, en réponse à la lettre du pape d’août 2018 ? »

Le groupe « Promesse d’Église » viendra présenter aux évêques leurs travaux sur la manière de penser leur fonctionnement interne dans le souci de ne pas générer de cléricalisme.


Lutte contre la pédophilie

À sa demande, M. Jean-Marc Sauvé, Président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE) interviendra en hémicycle afin de présenter aux évêques un rapport d’étape.

Puis les évêques prendront connaissance de l’état d’avancement des 4 chantiers initiés en novembre 2018 :

  • Le travail mémoriel,
  • La prévention,
  • Le geste financier envers les personnes victimes,
  • L’accompagnement des clercs coupables.

À l’issue de cette séquence, des forums et des échanges qui suivront en plénière le vendredi matin, les évêques seront appelés à voter leur mise en œuvre le samedi matin.

Groupe de travail « Territoire et paroisse »

Ce groupe de travail initié par le Comité « Études et Projets » de la CEF viendra faire un point d’étape. Les travaux de ce groupe sont présidés par Mgr Laurent Le Boulc’h, évêque de Coutances et Avranches.

La ratio nationalis

La CEMOLEME viendra engager l’ensemble des évêques à un travail sur la ratio nationalis, c’est à dire l’ensemble des règles qui régissent la formation des séminaristes en France.

Aller plus loin :
Suivre l’actualité de la session plénière, sur le site de la Conférence des évêques de France