Lire l’Évangile de Marc : des mots commentés

Liste alphabétique complète des mots commentés par le père Philippe Loiseau, bibliste :

Baptême

Ce mot vient du verbe grec
baptizein
qui signifie « plonger ». Il existe plusieurs manières de concevoir le baptême selon les étapes de l’histoire du Salut :

La pratique du baptême s’enracine dans celle des bains rituels juifs comme moyen de purification pour effacer les impuretés (des personnes ou des objets) en vue de les faire entrer de nouveau dans le domaine sacré. Cette « impureté » n’est pas d’ordre moral mais elle rend inapte à la pratique du culte et de la prière par des contacts extérieurs, c’est pourquoi elle est appelée « rituelle ». Par exemple, avant d’accéder au temple pour leur office cultuel, les prêtres devaient se purifier dans un bain rituel ; les femmes après leur période de règles doivent se baigner dans un bain appelé
mikvéh ; les personnes ayant touché un cadavre (le contact avec la mort rend « impur ») doivent aussi se purifier par un bain d’eau (cf. Nombres 19, 19). Le rite le plus proche du baptême de Jean est sans doute la tevilah (le verbe hébreu tabal signifie « plonger ») qui désigne la pratique de l’immersion dans l’eau pour les prosélytes nouvellement circoncis afin d’entériner leur intégration dans la communauté d’Israël. Par la tévilah, l’ancien païen converti est maintenant purifié de ses impuretés liées à l’idolâtrie.

  • Le baptême de Jean se distingue cependant de la tevilah proprement dite car il est orienté vers une perspective différente. Jean était un prêtre (Cohen
    en hébreu) mais au lieu d’officier au temple de Jérusalem comme son père Zacharie (cf. Luc 1, 5-10), il s’est retiré au désert proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés (Marc 1, 4). La citation d’Isaïe 40, 3 demandant de
    préparer le chemin du Seigneur
    en tête de l’Évangile de Marc invite les lecteurs à l’accueil des temps messianiques.
    Ainsi, pour Jean, il ne s’agissait plus de préparer les auditeurs de son temps à entrer dans le peuple de l’Alliance et accéder au temple, mais à accueillir le Royaume de Dieu qui vient. Il annonçait déjà le temps de l’accomplissement du Salut de Dieu en se substituant en quelque sorte aux rites de pardon de l’Ancienne Alliance (rites exclusivement liés au temple).
  • Le baptême de Jésus par Jean dans le Jourdain va inaugurer une nouvelle étape, car Jean lui-même explique que s’il baptise
    dans l’eau
    , Jésus baptisera
    dans l’Esprit Saint
    (Marc 1, 8). C’est cette expérience du don de l’Esprit que l’Évangile nous rapporte justement au moment où Jésus est sorti de l’eau :
    il vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe
    et la voix qui vient du ciel le révèle comme son « Fils ». Le baptême de Jésus est ainsi le lieu de la manifestation de la filiation divine de Jésus et de l’Esprit Saint comme don de Dieu le Père (Marc 1, 8 ; Actes 19, 1-6), révélation trinitaire. Plus loin dans l’évangile, Jésus fera référence au baptême pour évoquer sa mort prochaine (Marc 10, 38).
  • A partir de la Pentecôte, le sacrement du baptême apparaît comme le rite par lequel le croyant en Jésus reçoit le don du Saint Esprit et le Salut (cf. Actes 2, 38) offert à tout homme (cf. Actes 10, 44-48, Pierre chez Corneille). Dans l’Évangile de Jean, le baptême signifie la nouvelle naissance à la vie de Dieu (Jean 3, 5). Pour saint Paul, il introduit le baptisé dans une relation spéciale avec le Christ en le faisant participer à sa mort et sa résurrection (cf. Romains 6, 1-14) et il fait de chacun les membres du même corps, le corps de Christ, c’est-à-dire l’Église (cf. 1 Corinthiens 12, 13).

Évangile

Mot d’origine grecque signifiant « Bonne nouvelle ». Il traduit le mot hébreu
Besorah
qui désigne l’annonce d’un événement heureux ou d’une victoire sur l’ennemi (2 Samuel 18, 20-22 ; 2 Rois 7, 9). Le verbe « annoncer une bonne nouvelle » a pris un sens religieux à partir de l’exil à Babylone notamment dans le livre d’Isaïe (ch. 40-66) pour désigner l’annonce du retour des exilés à Jérusalem et l’avènement d’un temps nouveau (cf. Isaïe 40, 9 ; 41, 27 ; 52, 7 ; 60, 6 ; 61, 1).

Le mot grec « évangile » est repris par Jésus au début de l’Évangile de Marc dans le message qui inaugure sa mission :
les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche, convertissez-vous et croyez à l’Évangile
(1, 15). Jésus montre ainsi qu’il vient accomplir les promesses du monde nouveau annoncé par Isaïe et c’est ce mot qui va servir à qualifier l’ensemble de son message (voir le premier verset qui ouvre l’Évangile de Marc :

Commencement de l’Évangile de Jésus Christ, le Fils de Dieu
1, 1)

Fils de l’homme et Fils de Dieu

« [marron]Le Fils de l’homme[/marron] »

Cette expression est courante dans l’Ancien Testament pour désigner l’homme en général et elle correspond aux expressions hébraïques « ben Adam » (fils d’Adam tiré du sol Adamah) et « ben enoch » (fils d’homme dans le sens d’un être fragile et mortel). « Fils de l’homme » ou « Fils d’homme » apparaît souvent en parallèle avec le mot « ich » (homme en hébreu) par exemple en Nombres 23,19 ; Jérémie 49,18.33 ; 50,40 ; 51,43 ; Psaume 80,18 et Job 35,8. Parfois le mot « ich » sert à désigner Dieu lui-même dans l’une ou l’autre de ses actions en faveur de son peuple comme le montre le cantique de Moïse en Exode 15,3 :
le Seigneur est un homme de combat (ich milhama), le Seigneur est son nom.

Dans le livre d’Ézéchiel, cette même expression apparaît quatre-vint-treize fois pour désigner le prophète lui-même en tant qu’homme libre pendant son exil en terre étrangère. De même Daniel est désigné par cette expression, par exemple en 8,17 mais en 7,13 elle apparaît dans un sens tout différent, dans le cadre d’une vision céleste. Elle désigne alors un personnage d’origine divine qui reçoit de « l’Ancien » (Dieu lui-même) l’investiture royale pour diriger les nations :
Moi, Daniel, je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’à l’Ancien, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.
Le livre de Daniel est ainsi à l’origine d’une tradition différente de celle du Messie « fils de David » selon laquelle celui qui viendra inaugurer le Royaume de Dieu sur terre sera d’origine céleste de transcendante. On peut y voir l’influence de la tradition présente en Proverbes 8,22-31 selon laquelle la Sagesse personnifiée est antérieure à la création du monde et maître d’œuvre de la création aux côtés de Dieu. L’Apocalypse juive d’Enoch reprend l’expression « fils de l’homme » employée par Daniel dans le sens d’un être céleste dont le mystère sera dévoilé à la fin des temps, mais en l’identifiant avec le Messie « fils de David » et avec le « Serviteur du Seigneur » d’Isaïe 42-49. Cependant, il n’est pas question de souffrance ni d’origine terrestre.

Dans les Évangiles, l’expression « Fils de l’homme » revient soixante-dix fois uniquement dans la bouche de Jésus. On peut dire que c’est son expression préférée pour parler de lui-même, plutôt que « Messie » ou « Fils de David », sans doute trop ambigües à cause de leurs sous-entendus politiques et nationalistes. La figure du « Fils de l’homme » a l’avantage d’être une figure d’origine céleste qui permet à Jésus de montrer que le Royaume qu’il annonce
n’est pas ce de monde
comme il le fait remarquer à Pilate lors de son procès en Jean 18,36.

Dans Saint Marc, l’expression apparaît douze fois en quatre circonstances différentes :

1) Dans deux récits où Jésus manifeste la puissance et l’autorité qui vient de Dieu. En Marc 2,10-11 dans l’épisode de la guérison du paralytique :
Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre, - il dit au paralysé : ‘je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison.’
Et en Marc 2,28 après avoir guéri un homme à la main desséchée le jour du sabbat :
Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat.

2) Surtout dans la section de la marche de Jésus à Jérusalem en relation avec les trois annonces de sa Passion, à sept reprises. En Marc 8,31, la première fois qu’il annonce son départ après la profession de foi de Pierre :
Et, pour la première fois, il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
En Marc 8,38, à celui qui aura honte de lui et de ses paroles, Jésus promet que
le Fils de l’homme aura aussi honte de lui quand il viendra dans la gloire de son Père...
En Marc 9,9, à la fin du récit de la Transfiguration, lorsque Jésus
leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts.
En Marc 9,12, lorsque Jésus répond aux scribes que
le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir et être méprisé.
En Marc 9,31 lors de la deuxième annonce de la Passion :
Car il les instruisait en disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera.
En 10,33, lors de la troisième annonce de la Passion :
Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux chefs des prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort, ils le livreront aux païens, ils se moqueront de lui, ils cracheront sur lui, ils le flagelleront et le tueront, et trois jours après, il ressuscitera.
Et en Marc 10,45, en conclusion de l’enseignement sur comment
être disciple
, Jésus déclare que
le Fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.

3) Dans deux circonstances différentes, le « Fils de l’homme » apparaît en rapport avec le contexte de Daniel 7,13 : dans le discours sur la fin des temps (deux fois au ch. 13) et lors de la Passion dans le procès juif (devant le sanhédrin, une fois au ch. 14). D’abord lorsque Jésus annonce sa venue dans la gloire du ciel en Marc 13,26 :
Alors on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire
(Citation de Daniel 7,13). Puis à propos des signes pour reconnaître le temps de la fin, Jésus emploie la comparaison du figuier qui devient vert à l’approche de l’été,
de même, vous aussi, quand vous verrez cela arriver, sachez que le Fils de l’homme est proche
(13,29). Enfin, Jésus cite de nouveau Daniel 7,13 en Marc 14,61-62 lorsque le Grand prêtre lui demande s’il est le Messie, le Fils du Dieu béni, il répond en disant :
Je le suis, et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel.
Jésus peut parler maintenant clairement, il n’y a désormais plus d’équivoque possible avec une souveraineté politique ou nationale et c’est la croix qui deviendra en quelque sorte son trône.

Ainsi l’expression « le Fils de l’homme » dans la bouche de Jésus nous permet de comprendre les différentes facettes de la mission de Jésus, de puissance et de souffrance, et qui seront rassemblées dans l’événement de la croix comme source de salut pour tous les hommes.

« [marron]Le Fils de Dieu[/marron] »

Cette expression apparaît déjà dans l’Ancien Testament pour désigner le peuple d’Israël, notamment dans le contexte de l’Exode. Il est appelé
fils premier-né
en Ex 4,22 ; en Dt 14,1 nous trouvons la formule
vous êtes des fils pour le Seigneur
 ; et en Dt 32,6 Moïse déclare :
n’est-ce pas lui ton père qui t’a donné la vie ?
Le prophète Osée rappelle cette période de grande proximité avec le Seigneur :
quand Israël était jeune je l’ai aimé, et d’Égypte j’ai appelé mon fils
(Os 11,1). Le prophète Isaïe emploie aussi cette expression, mais pour annoncer le châtiment de l’exil :
C’est le Seigneur qui parle ! J’ai fait grandir des fils, je les ai élevés, eux ils se sont révoltés contre moi...
(Is 1,2) ; et il la reprend pour préparer le retour :
Fais revenir mes fils du pays lointain et mes filles des extrémités de la terre !
Pour exprimer ce retour en grâce, Osée adopte cette formule unique :
il arrivera qu’à l’endroit où on leur disait : ‘vous n’êtes pas mon peuple’, on leur dira : ‘Fils du Dieu vivant’
(Os 2,1) ; et en Isaïe 63,16 et 64,7, le peuple invoque Dieu en disant
notre Père
pour implorer sa miséricorde.

Le roi est aussi appelé
fils de Dieu
le jour de son intronisation (Psaume 2,7) et dans la prophétie de Nathan, Dieu déclare :
je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils
(2 Samuel 7,14). Le deuxième livre des chroniques le considère comme le représentant de Dieu sur terre (2 Ch. 9,8).

Dans l’Évangile de Marc, l’expression « Fils de Dieu » apparaît explicitement cinq fois, mais si l’on ajoute des expressions proches telles que « le Fils bien aimé » ou « le Fils « ou encore « le saint de Dieu », nous pouvons identifier onze passages importants où Jésus est nommé en relation avec Dieu comme « Père ». Nous pouvons les classer en quatre catégories :

1) Au début de l’évangile, le lecteur est d’emblée informé sur l’identité véritable de Jésus comme « Christ » (= Messie) et comme
Fils de Dieu
(Mc 1,1).

2) Dans les premiers chapitres, Jésus attire à lui les foules par son activité intense de délivrance et de guérisons des malades. Son comportement pose aussi question, notamment quand il pardonne les péchés (
qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ?
demandent les scribes en 2,7), mais ce sont les démons et les esprits impurs qui reconnaissent que Jésus est
le Saint de Dieu
(en 1,24) ou encore
le Fils de Dieu
(en 3,11) et aussi
le Fils du Dieu très-Haut
(en 5,7).

3) Au long du récit, à quatre reprises, Jésus est révélé progressivement à quelque personnes comme
le fils bien aimé
 : d’abord lors du baptême par Jean Baptiste en 1,11 ; puis lors de la Transfiguration en 9,7. Plus loin au ch. 12, la série des controverses avec les scribes, les Pharisiens et les Sadducéens est encadrée par deux allusions à Jésus comme « fils bien aimé de Dieu ». D’abord dans la parabole des vignerons homicides :
il ne lui restait plus que son fils bien aimé. Il l’a envoyé en dernier vers eux en disant : ‘ils respecteront mon fils.’ Mais ces vignerons se sont dit entre eux : ‘c’est l’héritier. Venez ! Tuons-le et nous aurons l’héritage
(12,6). Et ensuite à propos de la question de savoir de quelle façon David est le « Fils » du « Seigneur » (en Marc 12,36-37), à partir de la citation du Psaume 110,1 :
Le Seigneur a dit à mon seigneur : ‘siège à ma droite jusqu’à ce que j’aie mis tes ennemis sous mes pieds.’
.

4) Enfin dans le cadre de la Passion-mort-résurrection de Jésus. A chaque étape, nous retrouvons les expressions « Fils de Dieu » ou « le Seigneur » appliquées à Jésus. D’abord lors du procès devant le Sanhédrin, le Grand Prêtre demande à Jésus s’il est le Messie,
le Fils du Dieu vivant
(14,61). Ensuite lors de la mort de Jésus, le centurion romain au pied de la croix déclare :
vraiment cet homme était Fils de Dieu
(15,39). Enfin, en finale de l’évangile, lorsque les Onze sont envoyés par le ressuscité en mission, Jésus est nommé comme « Seigneur » (Kurios en grec) à deux reprises, au moment de l’envoi proprement dit et ensuite pour exprimer sa présence auprès des disciples.

Nous voyons donc que la révélation de Jésus comme « Fils de Dieu » est très progressive et n’apparaît réellement que lors de la Pâque de Jésus, sa mort et sa résurrection d’entre les morts. Elle correspond au cheminement de foi des disciples et suppose le don de l’Esprit Saint qui permet de reconnaître l’action de Dieu dans la vie de Jésus de Nazareth ainsi que son intimité unique avec Dieu le Père du ciel qu’il appelle
Abba, père
au jardin de Gethsémani (14,36).

Galilée

Désigne la région nord de la terre d’Israël, la plus éloignée de Jérusalem et de la Judée. Appelée « Galilée des nations » en souvenir des invasions venant du nord-est (Assyriens et Babyloniens) qui avait entraîné un mélange de population et la présence de nombreux païens.

Ce brassage de population rendait les Juifs de la Galilée plus ou moins suspect de syncrétisme aux yeux des autorités de Jérusalem.

Les Galiléens étaient facilement reconnaissables par les habitants de la Judée à cause de leur accent spécifique (cf. Pierre lors de la passion de Jésus, Marc 14, 70 et surtout Matthieu 26, 73).

La capitale de la Galilée fut Séphoris (près de Nazareth) au temps de la jeunesse de Jésus et sera remplacée par Tibériade (du nom de l’empereur romain Tibère) sur les bords du lac de Galilée en l’an 22 de l’ère chrétienne. Les fouilles archéologiques réalisées dans ces différentes villes ont montré que la Galilée était largement hellénisée (monuments et représentations spécifiques de l’art grec).

Jérusalem

« Ville de la paix » ou « fondation de Salem », ce fut au départ la cité des Jébuséens qui a été conquise par le roi David vers l’an 1000 avant J.-C. pour en faire la capitale du royaume d’Israël (2 Samuel 5, 6-12). On l’a identifié à la ville de « Salem » du roi Melkisédeq, « grand prêtre du Très Haut » qui bénit Abram en lui apportant le pain et le vin (Genèse 14, 18-20).

Après son installation à Jérusalem, David fera le transfert de l’Arche d’Alliance à Jérusalem qui deviendra ainsi la ville sainte par excellence. Trois fois par an, les tribus d’Israël montaient à Jérusalem au temple pour les fêtes qui rappelaient les événements de l’Exode : la Pâque (ou
Pessah
en hébreu) au début du printemps rappelle la libération de l’esclavage, la Pentecôte (ou fête des Semaines,
Chavouot
en hébreu) à la fin du printemps rappelait l’Alliance au Sinaï et la fête des Tentes (ou des Cabanes,
Souccot
en hébreu) rappelle la traversée du désert pendant quarante ans (cf. la liste des fêtes en Exode 23, 14-19 ; Lévitique 23, 4-36 ; Deutéronome 16, 1-17). Cependant la période de la monarchie qui succède à David sera marquée par le retour de pratiques idolâtres et le non respect de la justice envers les pauvres qui seront dénoncés par les prophètes.

Après la chute du royaume de Samarie en 722 avant J.-C. par les Assyriens, ce sera le tour de la Judée en 587 avant J.-C. de tomber sous joug des Babyloniens : les habitants de Jérusalem seront déportés à Babylone jusqu’en 539 avant J.-C., date à laquelle le roi des perses Cyrus permettra aux Juifs de retourner en Judée et reconstruire Jérusalem.

La ville sera successivement sous la domination des perses, puis des grecs à partir de 330 avant J.-C. jusqu’à leur expulsion par Judah Maccabées en 164 avant J.-C. qui inaugurera une dynastie juive (des Hasmonéens) qui règnera pendant cent ans.
En 60 avant J.-C. les légions romaines conduites par Pompée seront les nouveaux occupants de la Judée et de Jérusalem.
De l’an 37 à 4 avant J.-C., c’est un Iduméen, le roi Hérode le Grand, qui règnera sur l’ensemble du pays et à sa mort, son royaume sera divisé entre ses trois fils.
La Judée se soulèvera contre Rome en 66 de l’ère chrétienne et le temple sera détruit en 70 marquant ainsi la fin de la révolte juive. De nouveau en 132, au temps de l’empereur Hadrien, une deuxième guerre juive sera elle aussi vaincue par les Romains en 135 et la ville de Jérusalem entièrement rasée et reconstruite sur de nouvelles bases avec un nouveau nom Aelia Capitolina.
Il faudra attendre l’adoption de la religion chrétienne par l’empereur Constantin au pour que la ville soit débarrassée des cultes païens et retrouve une nouvelle splendeur.

Mais le Nouveau Testament oriente déjà vers la venue de la Jérusalem céleste, image du monde réconcilié par le Christ en gloire qui adviendra à la fin des temps (Paul aux Galates 4, 26 ; lettre aux Hébreux 11, 10 ; 12, 22 ; 13, 14 et Apocalypse 21).

Messie et temps messianiques

« [marron]Messie[/marron] » ou « [marron]Christ[/marron] »

Ce mot se trouve trois fois dans l’évangile de Marc à des endroits importants qui jouent un rôle dans la structure du récit :

- Au début de l’évangile au ch. 1,1 :
Commencement de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu.

- Au milieu au ch. 8,29 lorsque Pierre répond à la question posée par Jésus sur son identité à Césarée de Philippe :
Prenant la parole, Pierre répond : ‘tu es le Christ’.

- Vers la fin de l’évangile de Marc, pendant la Passion, au moment du procès devant le sanhédrin, le grand prêtre demande à Jésus au ch. 14,61 :
Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ?

La question de l’identité messianique est donc au cœur de l’évangile de Marc, mais elle est en même temps associée à d’autres titre, tel que « Fils de Dieu », « Fils de David » ou encore « Fils de l’homme. » Jésus ne dit jamais de lui-même qu’il est le Messie, et ses contemporains se posaient de multiples interrogations sur la signification de sa mission et de sa personne. Ceci est d’autant plus compréhensible que dans l’Ancien Testament et le judaïsme, il n’existe pas une seule manière de comprendre la notion de messie et des temps messianiques.

Le mot « messie » est d’origine hébraïque et signifie « celui qui est oint », « celui qui a reçu l’onction d’huile » qui le consacre au Seigneur pour une mission. Le mot « Christ » est la traduction grecque du mot hébreu et signifie la même chose.

A l’origine, l’onction d’huile est un rite de consécration appliqué au roi le jour de son couronnement, où il devenait « l’oint du Seigneur », le « messie du Seigneur. » Saül fut le premier roi d’Israël qui reçu le rite de l’onction par Samuel au 1er livre de Samuel ch.10,1 ; et cette consécration fut suivie par le don de l’esprit (1 Samuel 10,10-12). Il en sera de même pour David son successeur en 1 Samuel 16,13-14. Le rite de l’onction indique que le roi en Israël ne doit pas être un chef qui règne par la force et la domination mais qu’il doit être au service du Seigneur et de sa Loi pour établir son Règne. Le rôle du roi est en effet de guider le peuple, de lui procurer la nourriture et la sécurité mais surtout de faire régner la justice et la paix entre tous les membres du peuple et notamment avec le souci des plus pauvres. De plus, par l’onction d’huile, le roi-messie entrait dans une relation particulière avec Dieu qui le considérait comme son « fils » comme le rapporte le Psaume 2,7 :
Je proclame le décret du Seigneur, il m’a dit : ‘tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré !’
C’est pourquoi, on ne pouvait pas porter la main sur la personne du Messie comme le montre l’exemple de la lutte de Saül contre David. Ayant eu l’occasion de tuer Saül qui en voulait à sa vie, David se retint au dernier moment en disant :
Que le Seigneur m’ait en abomination si je fais cela à mon seigneur, le messie du Seigneur, je ne porterai pas la main sur lui, car il est le messie du Seigneur
(1 S 24,7). Cette première figure du messie est celle d’un messianisme royal qui s’exerce au plan politique.

Par la suite, les grands prêtres ont été également marqués par une onction le jour de leur consécration : Exode 29,7 ; Lévitique 8,12 ; 21,10 ; etc. Il s’agit ici du messianisme sacerdotal dont la fonction est de contribuer à la sanctification du peuple.

Le titre de Messie est appliqué aux patriarches dans le Psaume 105,15 et 1 Chroniques 16,22. Le livre d’Isaïe l’attribut au roi Perse Cyrus à cause de son décret en faveur des Juifs leur permettant de retourner en terre d’Israël (Isaïe 45,1) et le Psaume 28,8 l’utilise pour désigner l’ensemble du peuple d’Israël.

Enfin, après le retour de l’exil, dans le contexte d’une orientation de la prophétie vers l’eschatologie, c’est-à-dire vers la fin des temps, le monde à venir, la figure du messie ou de l’Envoyé du Seigneur qui reçoit l’onction désignera le Sauveur futur qui viendra inaugurer les temps messianiques, c’est-à-dire la fin de toutes les oppressions étrangères et l’établissement de la paix définitive. Trois textes de l’Ancien Testament particulièrement sont à retenir en ce sens : Zacharie 9,9 qui est cité par Matthieu 21,4 pour l’entrée de Jésus à Jérusalem sur un ânon ; Isaïe 61,1-3 qui est cité par Luc 4,18-19 lors de la lecture inaugurale de Jésus à la synagogue de Nazareth et Isaïe 11,1-9.

[marron]Le Messie « Fils de David »[/marron]

C’est une expression typiquement juive employée explicitement à trois reprises pour désigner Jésus comme le Messie dans l’Évangile de Marc :

1) par l’aveugle Bartimée en Marc 10,47-48 :
Jésus fils de David aie pitié de moi
 ;

2) par la foule lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem en Marc 11,10. La foule l’acclame en disant :
béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père !

3) dans les controverses dans le temple avec les Pharisiens en Marc 12,35-37 où Jésus prend ses distances avec l’appellation « fils de David » appliquée au Messie.

Dans l’Ancien Testament, le texte de référence sur le Messie « fils de David » est au second livre de Samuel, ch. 7,1-17 : David fait connaître à Dieu par l’intermédiaire du prophète Nathan son intention de lui construire un temple de pierre. Or Dieu fait connaître sa réponse au prophète Nathan en lui disant qu’il n’est pas favorable à l’idée qu’on lui construise une maison de pierre car jusqu’à maintenant il a résidé dans un temple itinérant, le « tabernacle » du désert du Sinaï. Par contre c’est Dieu qui lui fait cette promesse :
Le Seigneur te fait savoir que le Seigneur te fera une maison. Lorsque tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même, et j’établirai fermement sa royauté. C’est lui qui bâtira une Maison pour mon Nom et j’établirai à jamais son trône royal. Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils...
(2 Samuel 7,11-14). La prophétie de Nathan fait un jeu de mot sur le mot « maison » qui désigne à la fois le bâtiment dans lequel on habite et la lignée, la descendance de la famille. Appliqué au roi, le mot « maison » désigne la dynastie royale qui lui succédera. Dieu promet ainsi à David que sa dynastie sera éternelle et que c’est de sa descendance que viendra le Roi-Messie. Le texte désigne en premier lieu le propre fils de David et Bethsabée, le futur roi Salomon qui construira le temple. (En hébreu, Shlomo, signifie « sa paix », c’est-à-dire « la paix de Dieu » et ce mot peut aussi désigner Dieu lui-même).

Dans l’évangile de Marc, on peut voir une allusion au « fils de David » dès le début dans le récit des tentations de Jésus au désert en Marc 1,12-13 :
Aussitôt, l’Esprit pousse Jésus au désert. Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
En effet, si nous lisons l’évocation des « bêtes sauvages » vivant avec Jésus, d’abord en rapport avec le récit du baptême qui précède, au cours duquel Jésus reçoit l’esprit, et d’autre part en lien avec l’annonce qui suit que « le règne de Dieu s’est approché », nous trouvons les principaux éléments caractéristiques de la mission du « fils de David » en Isaïe 11,1-9 :
Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d’après les apparences, il ne tranchera pas d’après ce qu’il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. Justice est la ceinture de ses hanches fidélité, le baudrier de ses reins. Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.

La perspective de Marc est ainsi orientée davantage vers le renouvellement de la création et le rétablissement d’un monde sans violence dans lequel vivaient Adam et Ève au jardin d’Éden à l’origine. Nous retrouvons cette situation de paix universelle à la fin de l’évangile de Marc lors de l’envoi en mission des Apôtres par Jésus au ch. 16,15-18 :
Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : ‘Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien.’

[marron]Le « Messie » des Juifs et le « Messie » des Chrétiens[/marron]

L’espérance de la venue du Messie fait partie de la foi juive et elle apparaît dans les treize articles de foi énoncés par le plus grand penseur juif du Moyen Age, Moïse Maïmonide (1135-1204). Selon le judaïsme, le Messie (« Mashiah » en hébreu) est un homme, issu de la lignée du Roi David, qui viendra inaugurer le « monde à venir », une ère de paix et de bonheur éternel et dont bénéficieront toutes les nations de la terre. Pour les Juifs, ce Messie n’est pas encore venu mais il est espéré et dans la prière quotidienne ainsi que lors de chaque fête, on invoque le Seigneur pour sa venue. Cependant, dans le judaïsme, l’idée que l’on se fait du Messie demeure assez floue, il y a en réalité plusieurs conceptions du Messie. Des commentateurs considèrent que ce titre de « Messie » s’applique à l’ensemble du peuple d’Israël dont la destinée dans l’histoire est d’être le peuple témoin du Dieu unique qui a reçu « l’esprit de prophétie », et dans cette ligne, chaque Juif est potentiellement un « messie ». D’autres commentaires juifs parlent de deux Messies différents qui se succéderont : le Messie « fils de Joseph » qui sera mis à mort et le Messie « fils de David » qui sera victorieux de ses ennemis et qui apportera la paix et le réconfort (en ce sens il sera aussi appelé « Ménahem » qui vient du verbe « naham » qui signifie « réconforter », « consoler ») comme prélude au « monde à venir ». D’autres textes affirment de le « Messie » est mystérieusement présent sous les traits d’un mendiant qui se trouve à la porte de Rome...

Pour autant, dans le Judaïsme, l’accent porte davantage sur les temps messianiques c’est-à-dire l’établissement de la paix, la fin de toutes les oppressions, la reconnaissance par les nations du Dieu d’Israël créateur du monde et Sauveur de tous les hommes.

Le messianisme des Chrétiens est différent en ce sens que, dans les évangiles, l’accent porte sur la personne de Jésus le Messie. On peut retenir plusieurs éléments dans ce sens :

- l’importance des miracles qui sont à comprendre comme des actes de puissance qui rappelle les grands miracles du temps de l’Exode (les dix plaies d’Égypte, le passage de la Mer rouge, le don de la Manne au désert et de l’eau qui a jailli du rocher, la révélation de la Loi à Moïse, etc.) et aussi les miracles réalisés par les prophètes Élie et Élisée dans les livres des Rois.

- Les miracles de Jésus sont aussi perçus comme des « signes » que les temps messianiques commencent à survenir à travers l’action de Jésus, tels qu’ils sont définis dans le livre d’Isaïe au ch. 35 :
Dites aux gens qui s’affolent : ‘‘Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu : (...) c’est la revanche de Dieu qui vient, il vient lui-même et va vous sauver.’’ Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie.
Or dans l’évangile de Marc, nous trouvons deux guérisons d’aveugles (dont la première, celle de l’aveugle de Bethsaïde au ch. 8,22-26, est propre à Marc) et la guérison du sourd-muet qui ne se trouve aussi que chez Marc (ch. 7,31-37).

- Dans la plupart des cas, Jésus fait appel à la foi de ses interlocuteurs en lui. Les exemples sont nombreux et nous pouvons les retrouver en lisant les récits de guérisons.

- Plusieurs fois, Jésus demande à ceux qu’il a guéris de garder le secret de celui qui est à l’origine de leur guérison (ce qu’on appelle parfois le « secret messianique »). Par exemple Jésus dit au lépreux guéri :
garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre
(Mc 1,44). Aux démons qui savent que Jésus est le Fils de Dieu,
il leur commandait très sévèrement de ne pas le faire connaître
(3,12). Après avoir ressuscité la fille de Jaïre,
Jésus leur fit de vives recommandations pour que personne ne le sache
(5,43). Au sourd-muet qu’il vient de guérir et à son entourage,
Jésus leur recommanda de n’en parler à personne
(7,36). Lorsque Pierre, au nom des Douze, a répondu à Jésus qu’il était le Messie,
il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne
(8,30) et il en est de même après l’épisode de la Transfiguration,
il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu jusqu’à ce que le Fils de l’homme ne ressuscite d’entre les morts
(9,9). C’est l’événement de la Pâque de Jésus (qui englobe la Passion, la mort sur la croix et la résurrection) qui est au cœur de la conception chrétienne du Messie : un Messie glorieux qui doit passer d’abord par le rejet et la mort sur la croix. Nous retrouvons la figure du Serviteur souffrant qui porte sur lui les péchés du peuple (cf. Isaïe 52,13-53,12).

Pharisiens

Le mot « pharisiens » vient du grec
pharisaioi
qui dérive de l’hébreu
peroushim
et signifie « séparés ». Il désigne un courant religieux qui s’est développé à l’époque de la dynastie juive des Hasmonéens qui a régné sur la terre d’Israël après la victoire de Juda Maccabée sur les grecs en 161 avant J.-C. Le parti des Pharisiens regroupe des Juifs « pieux » (
hassidim
) qui mettaient l’accent sur la pratique des commandements de la Loi de Moïse dans la vie ordinaire afin de sanctifier le Nom de Dieu. Mais en même temps, ils étaient conscients du décalage qui se faisait sentir entre les lois bibliques anciennes et les conditions nouvelles de leur temps. Contrairement aux Sadducéens qui ne considéraient que le texte écrit de la Bible (appelée « Torah écrite » désignant la Loi de Moïse ou Pentateuque), ils s’appuyaient aussi sur la Torah orale en complément de la Torah écrite. La Torah orale des Pharisiens comprend à la fois des traditions non écrites remontant aux « Anciens » et à Moïse lui-même et des interprétations sans cesse renouvelées pour actualiser les commandements aux circonstances présentes. On peut y distinguer deux types d’affirmation : d’une part des énoncés de type juridiques concernant la pratique de la Loi de Moïse (la
Halakha
c’est-à-dire la voie dans laquelle on doit marcher), et d’autres part des énoncés qui développent la signification des pratiques et des croyances (la
Aggadah
c’est-à-dire les conceptions théologiques sur Dieu, la destinée de l’homme, la vocation d’Israël et les nations, la fin des temps, le sens les commandements, etc.).

D’une certaine manière, la pensée pharisienne vise à étendre à l’ensemble du peuple juif la notion de sanctification (cf. Exode 19, 6 :
un royaume de prêtres
, Lévitique 19, 2 :
Soyez saint car je suis Saint moi le Seigneur votre Dieu
). En ce sens, les Pharisiens ont mis en valeur les pratiques de pureté rituelle qui en découlent et dont certaines étaient réservées aux prêtres (comme le lavage des mains avant les repas, cf. Exode 30, 18-20). Dans certains cas, ils ont apporté des précisions à la compréhension de lois restées très générales dans la Torah de Moïse. Par exemple, pour définir la liste des « travaux interdits » le jour du sabbat, une exégèse précise du livre de l’Exode situe le rappel du commandement du sabbat en Exode 31 et 35 dans le cadre de la construction du sanctuaire (Exode, ch. 25 à 40). Les Pharisiens en ont déduis que les travaux prohibés le sabbat étaient ceux qui se rapportaient à la construction du temple (les 49 travaux interdits), et à partir de là, ils ont étendu l’interdiction à toutes formes de travaux dérivés. Selon la Torah orale, le décompte général des lois de la Torah de Moïse aboutit à 613 commandements, 248 positifs et 365 négatifs.

Leurs membres se recrutaient largement parmi la population des petites villes, notamment les artisans, les commerçants, le petit clergé et ils étaient appréciés du peuple à cause de leur piété et de leur souci d’adaptation de la Loi aux évolutions du monde. Le parti des Pharisiens était représenté au Sanhédrin, la haute cour de justice à Jérusalem. A cause de leur succès, il est probable que le mot « pharisiens » leur a été donné par leurs adversaires qui leur reprochaient de se « séparer » de la pratique stricte de la Loi de Moïse en intégrant des conceptions nouvelles et par la suite, le mot a servi à désigner leur rigueur dans l’application des commandements. Eux-mêmes se définissaient comme les « Sages », héritiers du courant de la Sagesse qui fait partie intégrante de l’Ancien Testament (cf. les Écrits de Sagesse).

Les Pharisiens avaient adopté des croyances nouvelles telles que la résurrection des morts, la notion de rétribution après la mort et l’existence des anges et esprits célestes. C’est au cours des deux premiers siècles de l’ère chrétienne que les doctrines pharisiennes vont être développées et rassemblées sous l’impulsion des écoles de Shammaï et de Hillel et cet effort sera mené à son terme par Judah le Prince en l’an 200 de l’ère chrétienne avec la publication de la
Mishnah
qui explicite la mise en application des 613 commandements de la Torah. La Mishnah constitue aussi une réponse à la destruction du temple, en l’an 70 de notre ère, qui voit la fin d’une forme de judaïsme centré sur le culte sacrificiel du temple. On doit au Pharisien Yohanan ben Zakkaï, après l’an 70, l’initiative de redéfinir la vie juive sur la base de l’étude de la Torah orale sans l’existence du temple et dont le judaïsme rabbinique sera l’héritier direct.

« Jésus et les Pharisiens »

Dans les évangiles, ils sont souvent présentés comme les opposants les plus directs du message du Christ. Il est vrai qu’ils accusent Jésus et ses disciples de ne pas respecter les commandements comme le repos du sabbat (Marc 2, 34) ou le lavage des mains avant les repas (Marc 7, 1-5). De son côté, Jésus leur reproche d’accorder trop d’importance à la tradition des anciens (Marc 7, 3.9) et, par leurs interprétations, de trop s’éloigner de la signification originelle des Écritures (cf. Marc 7, 9-13). Matthieu au ch. 23 dresse une longue liste des critiques de Jésus à leur égard : leur goût des titres (
rabbi
), des honneurs et des premières places, et surtout leur hypocrisie. Cependant, Il faut signaler que ces mêmes critiques se retrouvent, pour une bonne part, dans les écrits juifs rabbiniques. De plus, d’autres textes montrent une grande proximité de Jésus avec les Pharisiens qui l’invitent souvent à partager leur repas, notamment dans l’évangile de Luc (en 7, 36-50 au cours duquel une femme pécheresse vint à sa rencontre ; en 11, 37-54 où Jésus adresse ses reproches aux Pharisiens ; en 14, 1-24 où Jésus enseigne sur les personnes à inviter). En Luc 13, 31, ce sont des Pharisiens qui préviennent Jésus du danger qu’il court car Hérode veut le faire mourir. La question de savoir lequel est
le premier des commandements
énoncée par un scribe (Marc 12, 38) ou légiste (Matthieu 22, 34-35 ; Luc 10, 25) est représentative de la conception pharisienne des Écritures. Le scribe reconnaît que Jésus parle
vrai
(Marc 12, 32) et il renforce l’opinion de Jésus au point d’être félicité par lui :
voyant qu’il avait répondu avec sagesse, il lui dit : ‘tu n’es pas loin du Royaume de Dieu’
(Marc 12, 34). Dans sa réponse aux Sadducéens qui l’interrogent sur la croyance en la résurrection des morts, Jésus apporte une justification par une argumentation basée sur les Écritures qui est typique des Pharisiens : la comparaison avec les anges et l’interprétation du récit de la révélation de Dieu à Moïse au buisson ardent (Marc 12, 18-27). Les Pharisiens ne sont pas nommés directement durant la Passion parmi les membres du Sanhédrin qui vont réclamer sa mort et dans la bouche de Jésus qui annonce sa Passion et sa mort à Jérusalem seuls sont mentionnés
les chefs des prêtres, les scribes et les anciens
(Marc 8, 31 et 10, 33). Saint Jean indique que le notable Nicodème qui a rencontré Jésus de nuit (ch. 3) était membre du parti des Pharisiens et qu’il a pris sa défense (Jean 7, 50-52).

Cette perception contrastée des rapports de Jésus avec les Pharisiens dans les Évangiles est à situer dans le contexte historique de la seconde moitié du premier siècle. Cette période fut marquée à la fois par la naissance du christianisme (à partir du Judaïsme) et l’émergence du judaïsme rabbinique (héritier des Pharisiens) après la première guerre juive au cours des années 66-70 qui a conduit à la destruction du temple en l’an 70 par les Romains. En ce sens, christianisme et judaïsme rabbinique sont les deux seuls groupes issus du Judaïsme qui subsisteront après la destruction du temple. Mais ils vont prendre des directions différentes : tandis que le christianisme va progressivement s’ouvrir vers l’accueil des païens et relativiser la pratique des commandements rituels (circoncision, lois alimentaires, repos du sabbat, règles de pureté...), le judaïsme rabbinique va développer au contraire les lois du Pentateuque et leurs modalités d’application définies par les rabbins du Talmud (du 3e au 6e siècle en Terre d’Israël et en Babylonie) qui vont marquer ainsi les limites avec les païens. Ce processus de différenciation va s’accompagner de paroles et de lois d’exclusions mutuelles perceptibles dès la fin du premier siècle, comme par exemple la mention d’un rejet de la synagogue pour les Chrétiens en Jean 9, 22. Inversement, c’est dans ce même Évangile de Jean, écrit vers l’an 90, que les adversaires de Jésus sont désignés indistinctement par l’expression « les Juifs », manifestant un rapport d’opposition au Judaïsme rabbinique considéré dans son ensemble (contrairement aux autres Évangiles où les opposants à Jésus sont désignés par des catégories particulières de Juifs). Pour aujourd’hui, il s’agit de considérer les choses avec le recul nécessaire de 20 siècles d’histoire et la redécouverte des racines juives du christianisme depuis le Concile Vatican II (cf. le texte sur les relations avec le Judaïsme Nostra Aetate, paragraphe 4, et la lettre de Paul aux Romains ch. 11).

Règne de Dieu ou Royaume de Dieu

Cette expression est également présente dans l’Ancien Testament pour exprimer la souveraineté de Dieu sur le monde et la réalisation des promesses prophétiques d’un temps de paix, de joie et de plénitude de vie et de communion entre les peuples et avec Dieu. Dans les textes bibliques, la royauté est attribuée d’abord à Dieu à cause de ses actions éclatantes en faveur de son peuple (la libération d’Égypte : Exode 15, 15 ; Nombres 23, 21-22 ; Deutéronome 33, 5). C’est pourquoi la demande adressée par le peuple au prophète Samuel de lui donner un roi est mal reçue par Dieu qui considère que le peuple
ne veut plus que je règne sur eux
(1 Samuel 8, 7). Dans les Psaumes, la royauté de Dieu est reconnue sur toute la création et sur tous les peuples (cf. Les Psaumes « du Règne » 95 à 99, mais aussi les Psaumes 24, 47, 145, 146, etc.). Les prophètes du retour de l’exil vont reprendre cette expression en lui donnant une signification eschatologique, c’est-à-dire comme un événement qui doit advenir à la fin des temps. Dans le judaïsme rabbinique, l’expression « royaume du ciel » est employée pour désigner la pratique des commandements de la Loi de Moïse, comme dans la formule : « prendre sur ses épaules le joug du royaume du ciel ».

Dans les Évangiles, Jésus vient d’abord annoncer le règne de Dieu qui advient par ses actes et ses paroles. Selon le contexte, c’est la dimension de la souveraineté qui est mise en valeur, et l’on peut traduire alors par l’expression « le Règne de Dieu » (cf.
le règne de Dieu est proche
Marc 1, 15), ou bien c’est la dimension spatiale qui est soulignée (comme dans l’expression
celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas
Marc 10, 15, ou encore
tu n’es pas loin du royaume de Dieu
Marc 12, 34). Tantôt, il apparaît comme une réalité déjà présente même si elle est encore cachée (cf. Les paraboles « du règne » où la graine est d’abord semée en terre, Marc 4, 26-32), tantôt comme une réalité encore à venir. S’il se manifeste déjà dans la foi pour les croyants, il ne sera pleinement manifesté de manière visible pour tous que lorsque le Christ viendra dans la gloire à la fin des temps. Entre les deux « venues » du Christ, c’est le temps de l’Église, « signe et sacrement » du Royaume de Dieu (Vatican II).

Pour Jésus, le Royaume de Dieu n’est pas une réalité qui se manifeste d’emblée d’une manière éclatante et visible par tous les hommes. C’est d’abord une réalité intérieure dont on ne voit d’abord que des signes qu’il faut apprendre à discerner. C’est pourquoi Jésus affirme qu’il y a un écart, un délai entre sa mission terrestre et l’avènement définitif du Règne de Dieu comme l’indiquent très bien les paraboles du chapitre 4 de Marc où le Règne de Dieu est comparé à une graine qui est semée en terre et qui n’est pas visible au départ mais dont la croissance est irrésistible (cf. Mc 4,26-32). Le délai est celui du temps de la réception par ses auditeurs de la parole de Jésus car c’est d’abord en chacun que celle-ci est semée et qu’elle doit porter du fruit (cf. la parabole du semeur en Mc 4,1-20). D’où l’importance aussi de l’injonction à « veiller » à la fin du discours sur la fin des temps
car vous ne savez pas l’heure ni le jour où le maître de maison va venir
(Mc 13,33-37).

Sabbat

Le sabbat désigne le septième jour de la semaine qui est marqué par la cessation de toute activité ayant pour but la transformation du monde en rappel du septième jour de la création où Dieu lui-même a cessé son œuvre créatrice (cf. Genèse 2, 1-3 ; le Décalogue en Exode 20, 8-11 ; Lévitique 23, 3). Après la succession des six premiers jours de la création, le septième n’est marqué par aucune œuvre spécifique mais il est cependant le seul qui est « béni » et qualifié de jour « saint » par Dieu (Gn 1, 3), ce qui indique une potentialité de vie et de fécondité d’une nature différente que les autres jours, d’ordre spirituelle. A cette première signification, le décalogue en Deutéronome 5, 12-15 le rattache à la libération de l’esclavage en Égypte, soulignant ainsi la dimension sociale du Sabbat : l’insistance porte sur l’égalité de tout homme, quelque soit son statut de propriétaire, de serviteur ou d’esclave. En ce sens, le Sabbat vient renouveler l’expérience de la libération de l’esclavage que représente, pour une part, le travail. Enfin, le livre d’Isaïe introduit une troisième signification en mettant le Sabbat en rapport avec l’avènement du Règne de Dieu à la fin des temps et le Salut définitif pour Israël et toute l’humanité (Isaïe 56, 1-8 et 66, 18-23). C’est pourquoi, le Sabbat est devenu la fête la plus importante du Judaïsme, et elle vient en tête de liste des fêtes en Lévitique 23. C’est la seule fête d’institution purement divine et qui ne se rattache pas à une origine agricole comme les fêtes annuelles (comme « Pâque », la fête de l’agneau et des premières gerbes d’orge ; la « Pentecôte », la fête de la moisson du blé et enfin la fête des « Tentes », fête des récoltes des fruits en automne). Dans l’Ancien Testament, le Sabbat hebdomadaire est associé à la fête du Grand Pardon (« Kippour », Lévitique 16), à la septième année marquée par la remise des dettes et libération des esclaves tous les sept ans (Deutéronome 15, 1-18) et au « repos » de la terre (Lévitique 25, 2-7) et enfin au Jubilé, tous les cinquante ans (Lévitique 25, 8-13). Le Sabbat est qualifié de jour de « repos » (
shabbat menouhah
), jour de « paix » (
shabbat shalom
) et jour de « réjouissance » (
oneg shabbat
, cf. Isaïe 58, 13).

Le rituel du Sabbat comporte trois offices principaux à la synagogue : il commence le vendredi soir après les préparatifs par l’office de « réception » du Sabbat qui marque l’entrée dans le temps « saint » (évocation de la création et du septième jour), il se poursuit le samedi matin par l’office de lecture de la Torah (évocation de la révélation de la Torah au Sinaï) et le troisième office de l’après midi (évocation du Sabbat de plénitude de vie et de paix des temps messianiques). Il se conclut par l’office de « séparation » (
havdalah]
), qui marque le retour au temps profane et l’attente du prochain Sabbat. C’est dans le cadre du Sabbat que Jésus commence sa mission dans l’Évangile de Marc (ch. 1, 21-28 ; voir aussi Luc 4, 16) : mis en rapport avec l’annonce de la venue du
Règne de Dieu
(Marc 1, 15), nous pouvons comprendre qu’il vient inaugurer le Grand Sabbat de la rédemption finale qui n’a pas de fin, Sabbat de paix, de résurrection et de réconciliation universelle.

Sadducéens

Le mot « sadducéen » vient du latin
sadducaei
qui dérive de l’hébreu
tsadouquim
. On estime habituellement que ce mot désigne les « fils de Sadoq », c’est-à-dire les descendants de la classe des prêtres liée au Grand Prêtre Sadoq au temps du roi Salomon (cf. 1 Rois 2, 15 ; Ezéchiel 44, 15 ; 48, 11 ; etc.). Comme les Pharisiens, les Sadducéens se sont organisés comme un groupe à part entière vers 153 avant J.-C., pour s’opposer à la décision du nouveau roi Jonathan Maccabée qui s’est approprié également la fonction de Grand Prêtre sans être descendant de Sadoq (cf. 1 Maccabées 10, 20-21). En matière religieuse, ils représentaient la tendance la plus conservatrice du Judaïsme composé des membres des vieilles familles sacerdotales (prêtres) et de l’aristocratie juive de Jérusalem (laïcs) qui considéraient le judaïsme comme étant centré uniquement sur le temple et l’exercice du culte sacrificiel. Ils étaient particulièrement représentés au Sanhédrin, la grande cour de justice où ils exerçaient la fonction de juges. Mais en matière politique, ils étaient conciliants avec la culture ambiante, qu’elle soit grecque ou romaine, au point de collaborer ouvertement avec l’occupant romain. Pourtant, fortement lié au temple, le parti des Sadducéens ne survivra pas à la destruction du temple en l’an 70 de l’ère chrétienne.

Dans leur rapport à la Loi de Moïse, les Sadducéens s’opposaient aux Pharisiens auxquels ils reprochaient d’avoir ajouté la Torah orale à la Torah écrite. Pour eux, la seule référence normative était le Pentateuque ou Loi de Moïse, la Torah écrite. C’est pourquoi, ils s s’opposaient à la croyance en la résurrection des morts prônée par les Pharisiens, l’existence des anges et des esprits et la rétribution après la mort. Ces divergences furent à l’origine d’une grande rivalité entre Sadducéens et Pharisiens et suscitèrent de nombreuses controverses.

Nous trouvons un écho de ces controverses entre Sadducéens et Pharisiens dans les Évangiles à propos de la croyance en la résurrection des morts qui n’est pas mentionnée explicitement dans la Loi de Moïse. En proposant l’histoire de la veuve aux sept maris à Jésus en Marc 12, 18-27, les Sadducéens cherchaient à ridiculiser cette croyance et ils voyaient en Jésus quelqu’un de proche du courant pharisien ayant adopté cette conception. Jésus fait référence aux anges dans le ciel et justifie la position pharisienne selon laquelle il y a bien une vie après la mort. De plus, en désignant les Grands Prêtres et les anciens comme les responsables de sa mort, Jésus fait implicitement allusion aux Sadducéens. Et c’est le Grand Prêtre Caïphe, lié au parti des Sadducéens, qui va jouer un rôle décisif dans la condamnation à mort de Jésus en lui donnant une signification à la fois religieuse (l’accusation de
blasphème
, Marc 14, 62-64) et politique (
il vaut mieux qu’un seul homme meurt pour le peuple et que la nation ne périsse tout entière
, Jean 11, 50)

Scribes

Ce mot vient de l’hébreu
sofer
, participe présent du verbe
safar
qui signifie « compter » mais aussi « raconter », « énumérer ». Il est traduit en grec par
grammateus
qui désigne celui qui écrit, le spécialiste de l’écriture.

Dans le Moyen-Orient ancien, les scribes étaient le plus souvent des fonctionnaires au service de l’administration royale chargés de transcrire à la fois les transactions, les événements importants de la vie du royaume et les traditions de sagesse. Dans le monde juif, les scribes ont pris de l’importance au moment de l’exil à Babylone qui fut propice à la relecture des traditions précédentes et leur mise par écrit pour constituer ce qui deviendra plus tard le canon des Écrites. Au retour de l’exil, ce n’est pas à un prêtre-prophète (comme Ezéchiel) que nous devons l’organisation de la communauté juive, mais au prêtre-scribe nommé Esdras.

A côté de l’institution du temple qui sera reconstruit, il va mettre en valeur la lecture publique du Livre de la Torah, ou Loi de Moïse (appelé
Sefer Torah
) qui sera à l’origine de la multiplication des synagogues ou maisons de l’assemblée dans les villes et villages (cf. Esdras 7, 25-26 ; 9, 1-10,17 ; Néhémie 8). A partir du 3e siècle avant J.-C., le roi grec d’Égypte donnera une grande importance à l’administration publique qui entraînera l’augmentation du nombre des scribes. Le livre de Ben Sira (ou Siracide), au 2e siècle avant J.-C. sera le témoin de leur influence dans la transmission de la sagesse et du savoir. Ben Sira oppose deux catégories d’hommes : d’un côté, les travailleurs manuels, les paysans, les artisans, les marchands, et de l’autre le
sofer
, l’homme de la Sagesse qui en étant libéré des « affaires » peut se consacrer à l’étude de la Torah et la transmission de la Sagesse (Siracide, ch. 38-39).

Au temps de Jésus, on ne peut pas identifier, à proprement parler, un parti des scribes comme c’était le cas des Pharisiens et des Sadducéens, mais il s’agissait plutôt d’une classe sociale particulière qui avait la fonction à la fois de conseil pour les affaires juridiques et d’interprétation de la Loi de Moïse. Au ch. 23, 2-3, Matthieu rapporte des reproches de Jésus qui associent ensemble les Pharisiens et les scribes qui
siègent dans la chaire de Moïse
(allusion à leur autorité pour interpréter la Loi) qui
lient de pesants fardeaux en les mettant sur les épaules des hommes
(allusion aux prescriptions légales de la loi de Moïse dont ils définissaient les modalités d’application). A l’inverse, Jésus apparaît comme le maître
doux et humble de cœur
qui invite ceux qui
peinent sous le poids du fardeau
à
prendre sur eux son joug et à se mettre à son école
(Matthieu 11, 28-30). Le « joug » et le « fardeau » sont à comprendre ici comme des termes techniques qui désignent la pratique des commandements selon les principes juridiques énoncés par les scribes et que Jésus vient redéfinir par le message évangélique. En Luc 24, 27, Jésus ressuscité s’adresse aux disciples qui se rendent à Emmaüs à la manière des scribes, en
leur expliquant dans toutes les Écritures ce qui le concernait
. Par son « explication », Jésus donne « l’interprétation » des Écritures qui se fonde désormais sur sa mission de Salut pour le monde.

Synagogue

Le mot grec « synagogue » qui signifie simplement « assemblée » a désigné progressivement le lieu où se réunit la communauté juive pour la prière collective, la lecture de la Loi de Moïse (la
Torah
) et son étude (le
Midrash
). Son origine est incertaine, mais on considère que des lieux de prière et d’étude des Saintes Écritures ont existé durant l’exil à Babylone. Au retour de l’exil, Esdras a institué la pratique de la lecture publique de la Torah au cours de laquelle le peuple a renouvelé son adhésion à l’Alliance (Néhémie 8). Il semble que c’est à l’époque des Hasmonéens (entre 164 et 60 avant J.-C.), sous l’influence du courant des Pharisiens, que les synagogues se sont multipliées en terre d’Israël et en diaspora dans les villes et les villages, indépendamment du temple, afin que les Juifs puissent se rassembler pour la prière et entendre la Parole (Luc 4, 16 ; Actes 13, 14-15 ; 16, 13 ; 17, 10).

L’architecture de la synagogue consiste en une salle principale comportant une « armoire sainte » contenant le Livre de la Torah (appelé
Sefer Torah
sous forme de rouleaux de parchemins) et au centre un pupitre pour la lecture publique du livre biblique (appelé
Tebah
ou
Bemah
). Il n’y a pas d’autel (les sacrifices étaient réservés au temple) et le chef de la synagogue est choisi parmi les notables de la ville assisté par un chantre (appelé
hazzan
).

Au premier siècle de l’ère chrétienne, il n’y a pas encore de « rabbins » à proprement parler, mais des « maîtres » versés dans la connaissance et l’enseignement des Écritures (appelés
rabbis
, cf. Matthieu 26, 25 ; Jean 3, 26). Après la destruction du temple par les Romains en l’an 70 de l’ère chrétienne, le judaïsme « rabbinique » s’est développé autour des synagogues et de l’étude de la Torah. Le culte synagogal pour le sabbat et les fêtes a adopté des prières et coutumes venant du temple.

Temple

Le temple désigne habituellement le sanctuaire de Jérusalem construit par le roi Salomon, fils de David qui a succédé au Tabernacle (tente) édifié dans le désert par Moïse sur les indications de Dieu lui-même (Exode 25-40). Mais les livres bibliques nous révèlent l’existence de nombreux sanctuaires dans tout le pays (Silo, Bethel, Sichem, Nov, Arad…) que le roi Josias en 622 avant J.-C. fera détruire pour centraliser le culte au seul temple de Jérusalem (2 Rois 22), réalisant le programme énoncé par le livre du Deutéronome : un Dieu unique, un temple unique (cf. Deutéronome 12, 5-6).

On a l’habitude de distinguer plusieurs temples à Jérusalem correspondant à plusieurs étapes de l’histoire de la ville. Le premier temple est celui de Salomon dont la construction à partir de 964 avant J.-C. nous est rapportée dans le premier livre des Rois (ch. 6-7). Il comprenait trois parties : le vestibule, le sanctuaire proprement dit appelé le « saint » et derrière un rideau, le « saint des saints » où se trouvait l’Arche d’Alliance, le coffret contenant les deux Tables de la Loi. L’Arche d’Alliance était recouverte par une plaque d’or appelée « propitiatoire » qui soutenait aux deux extrémités deux figures de « chérubins » ailés qui se faisaient face. L’espace vide ainsi délimité par les chérubins et le propitiatoire symbolisait la Présence divine. A l’extérieur, devant l’entrée du temple se trouvaient l’autel des sacrifices (1 Rois 8, 64) et une grande cuve appelée
mer d’airain
(1 Rois 7, 23-40).

Détruit par les Babyloniens en 587 avant J.-C., un second temple sera reconstruit au retour de l’exil à partir de 537 avant J.-C. par Zorobabel et achevé en 515 avant J.-C. (Esdras 3, 2-6 ; Aggée 1-2 ; Zacharie 4, 7-10). Sa splendeur était moindre, il lui manquait l’Arche d’Alliance : le Saint des saints était vide. Il fut pillé par Antiochus IV Epiphane, le roi grec d’Antioche en 169 avant J.-C. qui y installa la statue de Zeus, mais il fut purifié par Judah Maccabée en 164 avant J.-C. qui rétablira le culte juif. La nouvelle dédicace du Temple est célébrée chaque année par les Juifs au cours de la fête des lumières (ou
Hanoukka
en hébreu, cf. 1 Maccabées 4, 36-59 ; Jean 10, 22).

Le temple sera remanié par Hérode le Grand à partir de l’année 20 avant J.-C. (les travaux continueront jusqu’en 64 avant J.-C.). Le parvis et les bâtiments seront agrandis et embellis. Mais à peine achevé, il sera détruit dans un incendie lors de la première révolte juive en 70 de l’ère chrétienne et jamais reconstruit (destruction annoncée par Jésus dans le discours sur la fin des temps en Marc 13, 1-2). Pour le Nouveau Testament, le temple véritable c’est le corps du Christ (cf. Jean 2, 19-22 ; la lettre aux Hébreux), et le corps du Christ est représenté par les Chrétiens eux-mêmes (Saint Paul).