Loi de bioéthique : "Un désaccord abyssal" pour Mgr d’Ornellas

Dans une tribune parue lundi 7 juin dans Ouest-France, Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe bioéthique de la conférence des évêques de France, revient sur les deux visions qui s’affrontent au sujet de la loi de bioéthique.

Mgr d’Ornellas pointe le « désaccord si abyssal » manifesté autour du projet de de bioéthique. Il rappelle que si « députés et sénateurs n’ont pas réussi à s’entendre », c’est en raison de l’affrontement de « deux visions » qui rend « le véritable dialogue ... impossible, voire non souhaité ». Ce « non-dialogue conduit », selon lui, « au déni de démocratie ».

Deux visions s’affrontent

L’une de ces deux visions a « pour pierre angulaire la dignité humaine et son respect inconditionnel », dont s’inspire le modèle français de bioéthique depuis 1994. L’archevêque de Rennes développe : « À l’aune de ce respect, sont évaluées les possibilités techniques dans le domaine biomédical. Si la dignité est partagée par tous, la recherche du bien commun est vitale afin que chacun puisse se développer selon cette dignité, sans discrimination aucune. Au nom de la justice et du bien commun, une attention est prioritaire pour que le soin soit accordé aux personnes fragilisées par l’infertilité ou la maladie. »

Pour Mgr d’Ornellas, l’autre vision promeut « les désirs individuels au nom de l’égalité », tendant « à un égalitarisme entre tous ». Seuls sont considérés les désirs des personnes, « quelles que soient les différences objectives des situations ». « La distinction entre les personnes atteintes d’infertilité et les autres n’a [donc] plus de raison d’être » et c’est en vue « de la réalisation de ces désirs que sont examinées et promues les techniques ».

Absence de père : une “discrimination”

Mgr d’Ornellas souligne avec force la « discrimination » qui va s’instaurer si la loi est votée, entre ceux qui seront privés de père et ceux qui « en auront le droit ». Pourtant, rappelle-t-il, « chaque être humain nouveau-né a le droit d’avoir un père et une mère. » Les désirs individuels engendrent inévitablement des discriminations.
Pourtant, « si la dignité demeurait la référence cardinale de la bioéthique en France, alors le respect des droits de celle ou celui qui vient au monde ne les priverait pas de leur ascendance paternelle ». Car, comme le souligne dans un avis le Comité consultatif national d’éthique, « le rôle du père est essentiel » (Avis n° 126).
L’archevêque de rennes constate que « ce projet de loi soumett[ra] l’être humain venant en ce monde au pouvoir des adultes ». Grâce à la technique, ces derniers pourront en effet « réaliser leurs désirs librement ».

L’intérêt supérieur de l’enfant

Les partisans du projet, en particulier le député rapporteur M. Jean-Louis Touraine, affirment en permanence que l’intérêt supérieur de l’enfant est « notre credo, notre obsession, de la première à la dernière ligne. »
Mais, remarque Mgr d’Ornellas, « comment admettre que la privation légale de père et que la soumission au pouvoir des adultes, mais aussi la conservation des ovocytes pour convenance personnelle (sans critère thérapeutique), sont dans l’intérêt de l’enfant ? » Pour lui, le "credo" n’est pas très éloigné de la « radicalisation », rendant « incapable d’écouter les arguments de l’autre », « engendrant l’intolérance et tuant le dialogue ». Et de conclure : « Le modèle français de bioéthique est en train de mourir, faute de démocratie ! »

La troisième lecture du projet de loi est actuellement en cours à l’Assemblée nationale. Le texte devrait être définitivement adopté dans le courant de l’été.