Messe chrismale 2021 : retour en images et homélie

Comme chaque année, dans tous les diocèses du monde, prêtres, diacres et fidèles se sont réunis pour célébrer ensemble la messe chrismale. Dans notre diocèse, cette messe s’est déroulée mercredi 31 avril à la cathédrale Saint-Maurice d’Angers autour de notre évêque.

Au cours de cette messe, les prêtres ont pu à nouveau renouveler leurs promesses sacerdotales. Le Saint Chrême, l’huile des catéchumènes et l’huile des malades ont été consacrée.

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Homélie de la messe chrismale 2021 prononcée par Mgr Delmas le mercredi 31 mars à la cathédrale

« L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur ». Ces mots à la synagogue de Nazareth sont prononcés pour montrer comment Jésus réalise le prophète d’Isaïe : « Cette parole, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ».

En méditant ces paroles, nous pouvons, me semble-t-il, comprendre dans toute sa profondeur cette nouveauté et cette espérance qu’apporte le Christ dans la vie de ses auditeurs. Il ne s’agit pas seulement des multiples bienfaits qu’il offrira tout au long de son ministère public et dont bénéficieront tous ceux qui seront éprouvés dans leur corps ou leur esprit. Il s’agit probablement d’un bienfait plus fondamental apporté par la venue de Dieu dans l’existence humaine risquant la dérive quand elle est laissée à ses propres forces. Il s’agit de la miséricorde de Dieu qui vient au secours de notre misère. Il s’agit du salut que Dieu opère en notre humanité.

À la lumière des paroles du prophète Isaïe, nous entendons que Jésus est consacré par l’onction. « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Or, accueillir cette révélation : Jésus est le consacré du Père en vue de ce projet d’amour pour l’humanité, nous conduit à poser un regard de vérité sur ce que nous sommes. Un regard de vérité qui nous fait prendre conscience de notre pauvreté fondamentale, de nos enfermements ou encore de notre aveuglement. Cela nous conduit à laisser le Seigneur poser son regard sur nous pour nous conduire à la vérité sur nous-mêmes. Et il ne faut pas avoir peur de ce regard. Le Pape, dans sa lettre écrite pour l’année Saint Joseph, dit à ce sujet quelque chose de très important : « Le Malin nous pousse à regarder notre fragilité avec un jugement négatif… Au contraire, l’Esprit la met en lumière avec tendresse ». Ce qui ne veut certainement pas dire qu’il n’y a pas dans la lumière qu’apporte l’Esprit-Saint, un appel à changer de vie, à rejeter ce qui est indigne de notre vocation d’enfant de Dieu ! Si nous voulons bien contempler le ministère de Jésus, nous verrons comment, à aucun moment, il vient nier l’existence du mal dans la vie de ceux qu’il approche. Il ne dit pas à un paralytique qu’il n’est pas paralytique ; il ne dit pas à un aveugle qu’il n’est pas aveugle ; il ne dit pas à un lépreux qu’il n’est pas lépreux. Il ne nie rien de tout cela mais il apporte une libération, une guérison totale, une purification.

Tout récemment, dans cette fête de l’Annonciation, nous avons célébré le Verbe de Dieu descendu en notre chair pour la restaurer dans sa dignité première. Il s’est fait semblable à nous en toute chose excepté le péché pour nous révéler que le péché est totalement étranger à notre être créé par Dieu.

Dans un instant, je vais consacrer et bénir les Saintes huiles qui seront distribuées dans tout le diocèse pour imprégner les futurs baptisés, les confirmés, les prêtres, également les personnes fragilisées par l’âge et la maladie. Ainsi, l’onction du Seigneur va être communiquée à tous ceux dont la mission sera de prolonger la présence de Jésus au milieu de nous.

Nous n’irions pas jusqu’à l’accomplissement de la consécration de Jésus si nous oublions de contempler comment, dans nos humbles personnes, l’onction du Seigneur rejoint et transforme la vie de notre monde contemporain. Là aussi, il nous faut entendre « c’est aujourd’hui que la Parole s’accomplit ». Si nous oubliions cela, nous n’accueillerions pas cette Parole de Jésus lui-même dans l’évangile : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits ». Lorsque Jésus donne sa vie, ce don porte du fruit et ce fruit, ce sont ces hommes et ces femmes, ces jeunes et ces personnes âgées qui veulent être fidèles à l’appel du Seigneur et prennent part à son onction pour le monde. En fait, c’est nous-mêmes qui sommes rassemblés en cet instant dans la cathédrale, conscients que nous portons ce don comme un trésor dans des vases d’argile.

Cette prière de consécration des huiles nous invite à prier pour tous ceux qui seront imprégnés de cette onction Sainte afin qu’ils aient la force d’apporter cette Espérance dont notre monde a un grand besoin. Nous portons dans notre prière nos catéchumènes qui ont été tout au long de ces derniers jours du carême préparés à recevoir cette illumination de la vie nouvelle des enfants de Dieu. Nous portons également dans notre prière nos frères et sœurs malades ou dépendants. L’actualité nous rend sensibles bien évidemment à ce visage de la fragilité et nous rend sensibles à ceux qui exercent un ministère auprès de ces personnes dans notre Eglise.

Nous portons dans notre prière nos prêtres. Nous sommes éprouvés, vous le savez, par le décès de deux d’entre eux en ce début de semaine. Chacun d’eux a répondu à l’appel du Seigneur et ils ont cherché à le suivre dans cette belle vocation. Je vais vous inviter à renouveler votre engagement pris au jour de votre ordination. Vous le savez, nous participons d’une manière toute spéciale à la consécration du Seigneur Jésus. Le renouvellement de vos promesses vous permet de rendre grâce pour les actes de votre ministère à travers lesquels vous êtes les témoins de la réalisation de ce que Dieu fait dans le cœur des fidèles. Dans le sacrement du pardon, vous êtes les témoins du travail de l’Esprit Saint qui rend un être capable de désigner le mal qu’il a fait et capable de choisir de ne pas en rester prisonniers en se mettant sous la force du Christ. Vous êtes les témoins de la patience de Dieu qui travaille dans le cœur des pécheurs pour les détacher du mal et les ouvrir à la lumière divine. Je suis heureux que nous ayons pu prendre le temps de travailler dernièrement le document : « repères pour les confesseurs » et d’être ainsi soucieux d’être de fidèles ministres de la réconciliation. L’actualité douloureuse récente avec les révélations d’abus commis par des clercs dans l’Eglise et les décisions qui ont été prises, lors de la dernière assemblée plénière des évêques de France, expriment très concrètement le très grand respect dans lequel notre ministère sacerdotal doit être tenu. Nos séminaristes sont là aussi. Vous le savez, les évêques ont voté, la semaine passée, le texte pour la formation dispensée dans nos séminaires en France. Ce document dit tout le soin qui doit être apporté pour protéger et faire mûrir ce don si précieux qu’est la vocation presbytérale confié à de jeunes hommes aujourd’hui. Je vous dis ma reconnaissance de vous rendre disponible au discernement de notre Eglise.
Je n’oublie pas bien sûr nos frères diacres. Votre présence aide notre Eglise à mesurer combien l’ampleur de sa mission dans un monde qui n’est plus le même qu’autrefois, appelle une plus grande diversité de ministères dans la vie de l’Eglise. Nous expérimentons au sein même de nos communautés paroissiales, de notre diocèse l’émergence de nouvelles responsabilités appelées à être portées par des personnes autres que les prêtres. Et cela en réponse à cette conviction que chacun, dans le corps de l’Eglise, est responsable de sa mission dans le monde. Ceci est d’ailleurs vrai de beaucoup de responsabilités portées par des fidèles laïcs.

Le Seigneur nous envoie porter sa bonne nouvelle et pour cela nous a consacré à lui. Les jours saints qui s’ouvrent devant nous nous sont donnés pour faire mémoire de cette onction divine que nous renouvellerons en cette fête de Pâques. Amen !

+ Mgr Emmanuel Delmas
Evêque d’Angers

Retrouver également cette homélie en version téléchargeable :

Homélie Messe Chrismale 2021