Mgr Blanchet à Angers pour la fête patronale du diocèse


L’évêque du diocèse de Belfort-Montbéliard, Mgr Dominique Blanchet, était invité par Mgr Delmas à présider la fête de la Saint-Maurice le 22 septembre 2019. Originaire du diocèse d’Angers, Mgr Blanchet a mis en valeur l’actualité du témoignage de Saint Maurice pour notre temps...

Cette messe a rassemblé près de 800 personnes pour à la fois la fête patronale du diocèse d’Angers et de la paroisse Cathédrale Saint-Maurice-Notre-Dame qui présentait son projet missionnaire paroissial 2019-2025. La maîtrise de la cathédrale
et le choeur du Queen’s College de Cambridge (Angleterre) ont fait vibrer leurs voix pour la solennité de la Saint-Maurice.

Maîtrise de la cathédrale et le choeur du Queen’s College de Cambridge

En ouverture de la célébration, Mgr Blanchet a tenu à souligner la figure particulière de Saint Maurice, "une figure stimulante, inspirante pour tenir le témoignage de foi aujourd’hui."

"Nous placer sous le patronage [de Saint Maurice et ses compagnons], c’est nous inscrire profondément dans la tradition vivante de l’Eglise et prendre conscience du trésor que nous portons dans des vases d’argile, et qui nous a été confié pour nos contemporains et les générations futures.

A cette occasion, Mgr Blanchet a prononcé l’homélie reproduite ci-dessous, où il aborde la question de la fidélité au Christ dans le don de sa vie, mais aussi dans le service du prochain au quotidien. Porter témoignage comme l’ont fait d’autres avant nous, c’est aussi accepter que ce que nous faisons et disons aujourd’hui au nom de Jésus porte du fruit d’une façon qui peut nous surprendre.

A la fin de l’Eucharistie, Mgr Delmas a remercié Mgr Blanchet pour sa présence et souhaité une bonne fête à tout le diocèse d’Angers !

Mgr Blanchet entouré du P. Gourdon, Mgr Delmas à gauche et Mgr Defois à droite

Homélie Solennité St Maurice – Cathédrale Angers 22 septembre 2019

Saint Maurice et ses compagnons sont célébrés dans l’Eglise comme des martyres de la foi et cela nous vaut d’entendre des textes de l’Ecriture particulièrement évocateurs du témoignage à rendre au Christ jusque dans la situation la plus extrême.

Il s’agit d’accueillir avec profondeur le sillon lumineux que leur témoignage a creusé en notre monde et nous rappeler que nous sommes dans ce même sillon, inauguré par Jésus.

Parler de situations extrêmes, héroïques, pour donner le témoignage de la foi est toujours très édifiant. Mais cela pourrait aussi avoir pour effet de rendre ces saints patrons tellement exceptionnels qu’ils ne pourraient plus véritablement être inspirants pour nous aujourd’hui.

Nous connaissons nos infidélités, nos lâchetés parfois, qui semblent nous disqualifier de la course. Et pourtant, nous sommes bien réellement de cette foule qui s’avance dans le livre de l’Apocalypse, cette foule de gens qui traversent la grande épreuve aujourd’hui.

Cette grande épreuve n’est autre que notre vie ordinaire portée par une fidélité extraordinaire de Dieu. Pour chacun de nous, nous sommes disciples de Jésus et nous savons que la croix victorieuse est au cœur de notre existence chrétienne, avec ses deux dimensions d’offrande et de résurrection Nous savons et nous espérons que notre persévérance dans l’attachement à Jésus portera son fruit par sa grâce.


C’est la portée du passage d’Evangile lu en cette fête. Dans l’épreuve, le Seigneur est fidèle. Il est avec nous tous les jours. Il nous connait jusqu’à l’intime : « Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux ! »

Mais la fidélité ne se paie pas de mots. Il nous faut offrir toute notre existence dans ce chemin de fidélité par lequel nous rendons témoignage au Seigneur. Le 8 décembre derniers, d’autres martyrs que St Maurice ont été mis en lumière par l’Eglise, certains sont même enfants du diocèse d’Angers.

Il s’agit de Pierre Claverie et de 18 autres martyrs. Parmi ceux-ci, l’abbé de Tibherine nous donne une clé, le jeudi saint qui précède son martyre, pour relier notre témoignage au leur :

"Nous avons assez vécu pour savoir qu’il nous est impossible de tout faire par amour, donc de prétendre que notre vie soit un témoignage d’amour, un martyre de l’amour….
D’expérience, nous savons que les petits gestes coûtent souvent beaucoup, surtout quand il faut les répéter chaque jour…
Nous avons donné notre cœur « en gros » à Dieu et cela nous coûte fort qu’il nous le prenne au détail. Prendre un tablier comme Jésus, cela peut être aussi grave et solennel que le don de la vie… et vice versa, donner sa vie peut être aussi simple que de prendre un tablier."

Rendre témoignage à Jésus avec le tablier noué, avec la disponibilité de l’agenda, avec le renouvellement du sourire et de la relation même envers celui qui nous a blessé, avec…etc ; voila le chemin du témoignage qui nous est demandé. C’est à force d’aimer simplement que les plus grands gestes de charité peuvent être posés, des gestes qui étonnent le monde.

Alors pour aujourd’hui, où en est notre témoignage ? Je laisse à chacun la question dans votre vie personnelle. Mais quelle que soit la forme qu’il prend, il porte nécessairement en son centre l’Amour, la charité…

C’est en raison de l’Amour que Maurice et ses compagnons ont été mis à mort : l’amour de Dieu et l’amour de leurs frères épargnés, selon la tradition. Les martyres d’Algérie nous parlent d’abord d’amour. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. C’est le chemin que le Seigneur nous indique.

Cela doit éclairer le témoignage que nous avons aujourd’hui à porter dans la société. Alors qu’un projet de loi fait débat actuellement à l’assemblée et dans notre pays, il nous faut dire ensemble en quoi il nous inquiète et combien c’est l’amour qui guide notre décision de prendre la parole. Nous sommes regardés sur l’Amour qui nous anime dans le courage qui doit être le nôtre aujourd’hui. C’est cela qui nous donne autorité pour interroger le monde et lui apporter notre parole.


Dans le psaume 84, nous trouvons ce verset qui me semble être toujours à méditer lorsqu’une parole courageuse doit être donnée : « Amour et vérité se rencontrent ». Pas l’un sans l’autre et pas l’une sans l’autre. L’amour sans la vérité ne tient pas et la vérité sans l’amour détruit.
Le psaume poursuit alors … « Justice et Paix s’embrassent ». Le fruit est beau et grand ! Trop beau pour être vrai ? Sans doute parfois si nous pensons que notre parole doit être directement efficace aujourd’hui.

Mais la parole des témoins s’inscrit dans l’histoire et porte son fruit en son temps, dans le temps de Dieu. St Maurice et de ses compagnons n’ont sans doute pas vu la fécondité de leur parole. C’est nous qui, aujourd’hui, pouvons témoigner de sa portée.

Lorsque nous célébrons l’eucharistie, c’est dans ce temps-là , ce temps de Dieu que nous inscrivons notre témoignage, notre fidélité et notre offrande d’aujourd’hui. Remettons cette parole intégralement au Seigneur, sûrs qu’il lui fera porter son fruit en son temps.


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