Mgr Delmas : le carême comme chemin de libération


A l’occasion de la messe des Cendres à la cathédrale Saint-Maurice, le mercredi 26 mars 2020 Monseigneur Delmas a prononcé l’homélie. Il éclaire l’importance du signe de l’imposition des cendres et nous invite à nous libérer de ce qui est superficiel pour se rapprocher de Dieu pendant ce carême 2020.

Nous entrons aujourd’hui en carême, ce temps privilégié pour demander cette grâce de retrouver ce qui est l’essentiel ; on pourrait dire pour nous retrouver sur le bon chemin, celui qui nous mènera à bon port.

Et nous y sommes invités par l’Eglise qui appelle l’ensemble des chrétiens, de par le monde, à entrer dans ce temps de conversion. Ceci nous dit des choses très simples : d’une part, ce n’est pas une démarche privée que nous entreprenons ce soir, ce n’est pas laissé à notre bon vouloir seulement ; bien au contraire, c’est notre réponse à un appel de qui est plus grand que nous et auquel, par disponibilité, nous disons oui.

Et, d’autre part, nous sommes nombreux à entreprendre ce chemin de conversion et donc nous sommes, en quelque sorte, confiés les uns aux autres, pour marcher tout au long de ces jours qui nous conduisent à Pâques.

Cette entrée en carême est marquée par le signe des cendres. C’est quoi, les cendres ? C’est ce qui reste après que tout soit consumé, c’est-à-dire rien. La petite couche de cendres dont nos fronts vont être marqués nous apprend que bien des choses auxquelles nous attachons beaucoup d’importance dans notre vie, un jour, disparaitront et ne seront plus là. Pensons à cela : il y a bien des choses après lesquelles je cours et pour lesquelles je me fais beaucoup de soucis qui n’ont pas les promesses de la vie éternelle.

Ce signe des cendres est donc un signe tout simple mais très concret, qui nous rappelle que nous avons à nous rendre libres vis-à-vis de ces choses de nos vies qui en fait sont éphémères.
Nous sommes invités à nous libérer de cette vie qui est illusion lorsque l’on regarde les enjeux de la vie éternelle. Parce que nous ne sommes pas faits pour cette superficialité mais pour Dieu.

Vous voyez : pour nous faire entrer dans l’intelligence de choses si importantes, l’Eglise nous propose un signe concret, un signe que nous pouvons, chacun d’entre nous, poser avec une grande confiance en disant, au fond de notre cœur, une simple prière au Seigneur qui exprime combien je suis heureux d’entendre cet appel à me libérer de ce qui ne peut que vieillir !

Mais ce n’est pas tout. La liturgie de ce mercredi des cendres m’enseigne comment je puis avancer sur ce chemin de libération. L’Evangile, en effet, nous confie trois lumières qui nous préparent à entrer dans ce qui a vraiment de l’importance dans notre vie d’ici-bas :la prière, l’aumône et le jeûne. Chacune d’elles nous ramène sur le bon chemin.

La prière nous rattache à Dieu, l’aumône au prochain et le jeûne à moi-même. Car, Dieu, le prochain et ma vie : voilà trois réalités qui sont de la plus haute importance ! Voilà trois réalités auxquelles il faut que je donne de l’importance dès aujourd’hui car elles ne sont pas légères.
La prière me permet d’entrer dans le mystère de Dieu et ce n’est jamais du temps perdu que de lui consacrer du temps. Ce n’est jamais du temps perdu lorsque je me donne du mal pour mieux le découvrir.

L’aumône ouvre mon cœur à mon prochain et cette ouverture me transforme, me fait naître à moi-même.

Le jeûne enfin me révèle la dignité de ce que je suis. En m’appelant à me priver de ce qui est superflu, le jeûne me fait grandir dans la grandeur de ma personne qui est appelé à la résurrection. Grâce à lui, je peux me rendre libre vis-à-vis de ces dépendances de tant de sortes et faire l’expérience de ma dignité humaine crée à l’image de Dieu.

Nous avancerons dans un instant vers le Seigneur en contemplant cette grande croix qui dit tant de choses. Elle nous appelle, chacun, à ouvrir notre intelligence à cette offrande du Seigneur qui est venu partager notre misère pour nous donner en échange sa vie et nous ouvrir le bonheur de nous retrouver unis à Dieu, notre Père du ciel, unis à nos frères qui sont eux aussi un passeport pour la vie éternelle. Amen !