Un Angevin parmi les martyrs d’Algérie

Le 8 décembre, 19 martyrs d’Algérie seront béatifiés en la basilique de Santa Cruz à Oran. Le P. Chevillard, prêtre du diocèse d’Angers, figure parmi ces religieux et religieuses assassinés dans les années 1990. Son neveu, le P. Vianney Bouyer, curé de Saint-Martin-des-Champs, revient sur la vie de son oncle, cette vie offerte par fidélité au Christ et au peuple d’Algérie.

Jean Chevillard a été baptisé à la cathédrale d’Angers le 29 août 1925. Il est le sixième d’une famille de quinze enfants. Ses parents tiennent un commerce d’orfèvrerie rue d’Alsace. Élève à Saint-Julien, Jean entend l’appel du Seigneur à devenir missionnaire. À l’âge de 16 ans, il quitte Angers pour gagner l’Afrique du Nord où il commence son noviciat chez les Pères blancs missionnaires d’Afrique.

Le père Jean Chevillard (à gauche) à côté de son frère Gérard, en 1991

Une vie au service de l’Algérie

On mesure combien la vocation de ce jeune n’aurait pu s’épanouir sans le consentement généreux de ses parents qui le laissent partir en pleine guerre. Jean avait rêvé de la Haute Volta (Burkina) mais il est affecté à la mission en Afrique du Nord. « Je suis allé à la chapelle et j’ai dit oui ! » Ce oui orientera toute sa vie au service de l’Algérie pendant plus de 40 ans. Il met d’abord sur pied un collège d’enseignement professionnel puis reçoit différentes responsabilités au service des autres missionnaires. Il doit entretenir des relations avec les administrations, visiter ses confrères dans tout le pays.

Une vie de prière et de dialogue

Son sens du devoir est alimenté par une vie de prière intense. Son humour taquin et sa bonté tempèrent son caractère emporté. En 1985, il laisse ses responsabilités pour rejoindre la Kabylie : « J’ai choisi Tizi Ouzou car c’est le poste le plus pauvre. » Commence « une vie de dialogue, de contacts, de témoignage gratuit », comme il l’écrit. Les journées se passent au secrétariat social où Jean exerce le métier d’écrivain public.

Une vie donnée par fidélité au Christ et au peuple d’Algérie

En Algérie, la lutte entre le gouvernement et le GIA fait des milliers de victimes dont des missionnaires. En septembre 1994, le P. Jean Chevillard revient en France pour célébrer en famille son aïeule Françoise Ménard fusillée au Champ de Martyrs en 1794. Pressent-il que le Seigneur lui demande de suivre le même chemin ?

Le 25 décembre 1994, lors du détournement de l’avion qui le ramène à Alger, Yannick Beugnet, originaire de Chemillé, cuisinier à l’ambassade de France, est assassiné par des terroristes. Le 27 décembre 1994, jour de sa fête, le P. Jean est abattu d’une balle dans la tête alors qu’il essayait d’alerter les trois confrères qui furent tués après lui. Tous les quatre seront béatifiés ce 8 décembre avec Mgr Claverie, les moines de Tibhirine et les autres religieux et religieuses martyrs de leur fidélité au Christ et au peuple d’Algérie.

Pour aller plus loin

Extraits de La Semaine Religieuse, revue diocésaine publiée à cette époque :

Semaine Religieuse, 1995
Semaine Religieuse, 1996