Une année avec Saint Jean de la Croix

Jean de la Croix est né en Espagne en 1542. Après sa rencontre avec Thérèse d’Avila en 1567, il est l’un des premiers frères carmes à vivre la réforme du Carmel qu’elle vient d’initier. En 1577-1578, emprisonné pendant plus de huit mois par ses frères non réformés, il compose des poèmes sublimes qui expriment l’expérience spirituelle d’une âme toute à la recherche de Dieu. Après avoir longtemps assuré des charges importantes dans son Ordre, il est mis à l’écart en 1591 et calomnié, et meurt dans la nuit du 13 au 14 décembre. Le pape Pie XI le déclare Docteur de l ’Église le 24 août 1926. Il est fêté dans l’Église le 14 décembre.

Fiche n°9



Jean de la Croix nous a accompagnés tout au long de cette année. Avec la venue de l’été, nous vous proposons de méditer deux textes :
* le beau poème de « La Source » composé lors de son emprisonnement dans le cachot de Tolède, en 1577-78. Le mystère de Dieu Trinité, qui se rend présent dans le « pain de vie » y est évoqué par des images qui entraînent dans une contemplation silencieuse.
* la célèbre « Prière de l’âme embrasée d’amour », qui unit la profondeur, l’élévation et le lyrisme. Elle fait partie des PAROLES DE LUMIERE ET D’AMOUR présentées dans la fiche n°5. Toute l’âme passionnée de St Jean de la Croix passe dans ce texte.

Chant de l’âme qui se réjouit de connaître Dieu par foi :

Je connais bien moi la source qui jaillit et coule,
bien que de nuit.

1. Cette source éternelle est cachée, / et pourtant je sais bien moi où elle a sa demeure,
bien que de nuit.
2. En cette nuit obscure de cette vie, / je sais bien moi par foi la source fraîche
bien que de nuit.
3. Son origine je ne le sais, car elle n’en a pas, / mais je sais que toute origine vient d’elle
bien que de nuit.
4. Je sais qu’il ne peut être chose si belle / et que cieux et terre s’abreuvent d’elle,
bien que de nuit.
5. Je sais bien que de limite en elle on ne trouve / et que personne ne peut la comprendre
bien que de nuit.
6. Sa clarté jamais n’est obscurcie / et je sais que toute lumière d’elle est venue,
bien que de nuit.
7. Je sais que ses courants sont si puissants, / qu’enfers, cieux, ils arrosent, et les nations,
bien que de nuit.
8. Le courant qui naît de cette source / je sais bien qu’il est hautement capable et omnipotent,
bien que de nuit.
9. Et le courant qui de ces deux procède, / je sais qu’aucune des autres ne le précède,
bien que de nuit.
10. Je sais bien que les trois en une seule et unique eau vive résident, / et que l’une de l’autre découle,
bien que de nuit.
11. Cette source éternelle est cachée / en ce pain vivant pour nous donner vie,
bien que de nuit.
12. Ici elle appelle les créatures, / qui de cette eau s’abreuvent, quoiqu’à l’obscur,
bien que de nuit.
13. Cette source vive que je désire, / en ce pain de vie je la vois,
bien que de nuit.

Prière de l’âme embrasée d’amour :

Seigneur, Dieu, mon Aimé ! Si encore tu te rappelles mes péchés pour ne pas faire ce que je te demande, fais en eux, mon Dieu, ta volonté, qui est ce que je veux par-dessus tout, et exerce ta bonté et ta miséricorde, et tu seras connu en eux.
Et si tu attends mes œuvres afin, par ce moyen, d’exaucer ma prière, donne-les moi toi, et opère-les moi, avec les peines que tu voudrais accepter, et que cela se fasse. Et si ce ne sont pas mes œuvres que tu attends, qu’attends-tu, mon très clément Seigneur ? Pourquoi tardes-tu ? Car, enfin, si c’est la grâce et la miséricorde qu’en ton Fils je te demande, prends mon obole, puisque tu la veux, et donne-moi ce bien puisque toi aussi tu le veux.
Qui pourra se libérer de ses basses manières et de ses limites, si toi tu ne l’élèves jusqu’à toi en pureté d’amour, mon Dieu ? Comment s’élèvera jusqu’à toi l’homme engendré et grandi dans la bassesse si tu ne l’élèves, Seigneur, avec la main qui l’a fait ?
Tu ne m’enlèveras pas, mon Dieu, ce qu’une fois tu m’as donné en ton Fils unique Jésus-Christ, en qui tu m’as donné tout ce que je veux. C’est pourquoi je me réjouirai que toi tu ne tardes pas, si moi j’attends.
Avec quels atermoiements attends-tu, puisque dès maintenant tu peux aimer Dieu en ton cœur ? Miens sont les cieux et mienne la terre. Miennes sont les nations. Les justes sont miens et miens les pécheurs. Les anges sont miens, et la Mère de Dieu et toutes les choses sont miennes. Et Dieu même est mien et pour moi, parce que Christ est mien et tout entier pour moi. […]

Pour méditer la Parole de Dieu

¤ Tout vous appartient, […] le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir : tout est à vous, mais vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. (1 Co 3, 21-23)

Quelques pistes de réflexion

¤ Au cours de l’été, comment vais-je éduquer mon regard pour apprendre à discerner, à travers la beauté de la nature, l’œuvre d’amour du Créateur ?

¤ Quels moyens vais-je me donner pour cultiver ma relation à Dieu dans la prière ?

Voir en ligne la fiche précédente

Fiche n°8

Le pape François, dans l’Exhortation apostolique Gaudete et exsultate (mars 2018) explique que quand « Jean de la Croix écrivait son Cantique Spirituel, il préférait éviter des règles fixes pour tout le monde et il expliquait que ses vers étaient écrits pour que chacun en tire profit à sa manière. En effet, la vie divine se communique aux uns "d’une manière [et aux] autres d’une autre". », N’est-ce pas une belle manière d’évoquer la présence et l’action de l’Esprit Saint dans les âmes ?
À la demande du pape François, pour la première fois cette année la Vierge Marie sera honorée dans l’Église le lundi de Pentecôte sous le vocable de « Marie, Mère de l’Église ».
Qu’elle soit notre modèle de docilité à l’Esprit Saint !

[..] Qu’en ce temps-ci votre occupation intérieure soit de soupirer après la venue de l’Esprit Saint. Durant les jours de la Pentecôte et ceux qui suivront, tenez-vous continuellement en sa présence. […] Si pendant ces saints jours il se commet des fautes dans votre communauté, supportez-les pour l’amour du Saint-Esprit, et afin de vous donner tout entière à la paix et au repos de l’âme, parce que c’est dans la paix qu’il aime à faire sa demeure. […]
Lettre à une prieure carmélite déchaussée (Lettre n°40)

[…] Dans cette vie […] les vertus sont dans l’âme comme des fleurs fermées et à l’état de boutons, ou encore comme des essences aromatiques soigneusement renfermées : on n’en sent l’odeur que si on les découvre et si on les agite.

Mais il arrive parfois que Dieu, par une faveur toute spéciale dont il gratifie l’âme épouse, fait passer à travers le parterre fleuri de celle-là le souffle de son divin Esprit, qui épanouit tous les boutons des vertus et découvre les essences aromatiques, c’est-à-dire les dons, les perfections, en un mot les trésors de cette âme, mettant à nu les richesses de son fonds et l’excellence de sa beauté. C’est alors chose merveilleuse de voir les trésors dont elle a été gratifiée, d’admirer ces ravissantes fleurs des vertus en plein épanouissement. […]

Ce souffle de l’Esprit Saint à travers l’âme est une visite que le Fils de Dieu lui fait dans sa tendresse, en qualité d’Époux, visite par laquelle il se communique à elle d’une manière sublime. Il se fait précéder de son Esprit comme d’un fourrier, chargé de préparer sa résidence en elle, ainsi qu’il envoya les apôtres.
Le Cantique Spirituel B – Strophe 17, 5-8

[…] Les œuvres de ces âmes [unies à Dieu] sont toujours conformes aux convenances et à la raison. Comme c’est l’esprit de Dieu qui les instruit de ce qu’elles doivent savoir, il leur laisse ignorer ce qu’il convient qu’elles ignorent, il leur rappelle ce dont elles doivent se souvenir, soit au moyen de formes, soit sans aucune forme ; il leur fait oublier ce qui est à mettre en oubli ; il leur fait aimer ce à quoi elles doivent donner leur amour ; il le leur fait refuser à ce qui n’est pas de Dieu, de telle sorte que même les premiers mouvements de ces âmes sont divins.

[…] Telles étaient les prières et les œuvres de la très glorieuse Vierge, Notre Dame. Élevée dès le début de son existence à un état si haut, elle n’eût jamais imprimé dans son âme aucune forme créée qui la détournât de Dieu, et elle ne se portait d’elle-même à quoi que ce fût : toujours elle était mue par l’Esprit Saint.
La Montée du Carmel – Livre 3. Chapitre 2, 9-10

Pour méditer la Parole de Dieu

 ¤ Jésus disait à ses disciples : « Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14, 26)

Quelques pistes de réflexion

¤ A propos du 1er texte : Quels sentiments m’habitent quand il « se commet quelques fautes » dans ma communauté (ma famille, mes amis, mon environnement professionnel…) ? Quelle lumière peut m’apporter le conseil donné par Saint Jean de la Croix ?

 ¤ A propos du 2ème texte : Est-ce que je sais, dans les personnes autour de moi, « admirer [les] ravissantes fleurs des vertus en plein épanouissement » ?

¤ A propos du 3ème texte : En contemplant la Vierge Marie, j’apprends à me laisser guider par l’Esprit Saint dans tout ce qu’il m’est donné de vivre.

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Octobre 2017 : Fiche n°1
Novembre 2017 : Fiche n°2
Décembre 2017 : Fiche n°3
Janvier 2018 : Fiche n°4
Février 2018 : Fiche n°5
Mars 2018 : Fiche n°6
Avril 2018 : Fiche n°7
Mai 2018 : Fiche n°8
Eté 2018 : Fiche n°9