Les élections municipales 2026 : pourquoi voter ?


Les 15 et 22 mars 2026, les Français vont élire le conseil municipal de leur commune. 35000 maires et des milliers de conseillers vont recevoir la responsabilité d’administrer leur territoire pour un mandat de six ans. Voici une réflexion du père Jean-Marie Gautreau, délégué épiscopal du service Société et cultures et curé de paroisses.

« En premier lieu, un grand merci aux personnes élues qui terminent leur mandat. Des projets aboutis leur ont apporté des satisfactions et des joies. Bientôt, des maires, des maires délégués, des conseillers vont cesser leurs fonctions. Certains par choix, d’autres parce qu’ils ne seront pas reconduits dans leur mandat. Un grand merci à eux et à leur famille pour leur engagement et leur action. La fatigue, la pression des intérêts divergents ont sans doute à certains moments affecté leur vie.

Un merci pour les conseillers qui ont vécu la minorité dans les conseils. Cette situation n’est jamais confortable, ni évidente. Aujourd’hui beaucoup de débats sont filmés et accessibles en ligne au plus grand nombre.

Chaque élu est invité à servir le dialogue constructif pour la collectivité ; le débat démocratique et respectueux, la dignité des personnes et la juste présentation des enjeux sont un défi constant que beaucoup relèvent. Le maire en est le garant devant tous ses administrés.

Un merci plus large enfin, pour tous ceux qui œuvrent dans la vie associative, dans la vie sociale, dans la vie économique. Leur action compte ; certains parmi eux sont appelés ou découvrent chemin faisant que l’action municipale serait un tremplin pour leurs convictions, pour leur service du bien commun.

Pour les futurs élus : tout commence ou recommence…

Aux élus dont le projet recevra le soutien d’une majorité d’électeurs, il reviendra de le mettre en œuvre. Dans un contexte de discrédit de la parole publique, leurs actes, décisions et propos seront scrutés avec ce prisme : font-ils ce qu’ils ont promis de faire ? Leur humilité sera attendue par les citoyens.

L’Église ne propose pas de programme à appliquer. Elle partage des convictions, puisées dans une lecture croyante de la bible, dans certains textes du Magistère, dans sa pensée sociale. Ces convictions accessibles à tous, peuvent éclairer, aider à la réflexion, encourager à les traduire dans des orientations budgétaires, se retrouver dans des projets exprimés autrement.

Pourquoi voter ?

Les chrétiens sont des citoyens. Il s’agit pour eux de « porter au cœur de la vie sociale des appels de l’Évangile »1. Nous pouvons citer la solidarité, la fraternité, le respect de la personne dans sa dignité et dans sa liberté de parole, de penser, d’agir, d’entreprendre. Les politiques publiques influencent nos vies. Les chrétiens portent attention à toutes les formes de pauvreté, de misère, d’exclusion et à ce titre aussi peuvent apporter leur regard, leurs convictions. . L’Évangile nous oblige à servir avec d’autres le bien commun où chacun ait une chance de trouver place au sein de la communauté et d’apporter sa contribution. Personne n’est trop pauvre pour n’avoir rien à apporter au groupe.

L’Église n’appelle pas à voter pour tel ou tel parti. Elle invite chacun à voter, à exprimer son choix éclairer pour les six prochaines années.

Aussi, au moment de voter, l’électeur peut s’interroger : Ai-je lu les projets ? Ai-je participé à des réunions publiques des divers candidats ? Quel discernement, quels outils pour évaluer les projets ? Pour ne prendre qu’un exemple, la Commission écologie intégrale du diocèse pour le temps du carême 2026, invite à s’intéresser à la question de l’eau. D’abord par un parcours fondé sur la belle prière de bénédiction de l’eau qui apporte le Salut de Dieu : le baptême. Puis elle encourage à mener une enquête sur la question de l’eau auprès de tous les acteurs sur le territoire : la quantité disponible, la qualité, la répartition, les lourds investissements et le prix de l’eau. L’eau est une question centrale de l’élection 2026. Il en existe d’autres bien évidemment. Nous pouvons toujours boire l’eau du robinet. Cependant, baptiser un enfant avec de l’eau polluée par des TFA[1] résistants (acide trifluoroacétique), cela n’est pas un signal positif au moment de donner la vie de Dieu !

L’heure de choisir

Nul ne peut ignorer la violence aujourd’hui à l’œuvre dans le monde. Une réelle inquiétude et une angoisse habitent notre communauté. Voter c’est choisir des élus qui porteront les besoins de tous, apaiseront les tensions, offriront un chemin commun. C’est difficile et chacun est appelé à essayer de comprendre la complexité, à respecter les élus dans la prise de décision et leur travail au service de tous. L’élu de son côté doit constamment prendre le temps d’écouter, d’expliquer, de convaincre. Le débat, la parole échangée sont un travail de chaque instant, à privilégier.

Voter, c’est exprimer « le souhait de rendre possible une vie plus heureuse ». « Soutenir les plus fragiles »2, accueillir les nouveaux arrivants, ouvrir à tous l’accès à la culture, prendre soin des familles et de la jeunesse, accompagner le grand âge. Voter c’est orienter les politiques publiques mises en œuvre en cohérence avec les décisions prises.

C’est le cas pour nos églises qui, pour la plupart dans notre diocèse, sont la propriété des communes en application de la loi de séparation entre l’Église et l’État. Nous aimons nos églises et beaucoup de municipalités prennent les moyens de préserver et d’entretenir les églises. Des pistes auxquelles nous avons œuvré en lien avec la Préfecture, l’Association des maires, des architectes et autres experts, ont été travaillées en ce sens3. Parfois, un simple nettoyage régulier des chéneaux sera une source d’économies pour les décennies prochaines. Le clocher donne une perspective à nos communes. L’homme lève la tête vers le Ciel !

Voter est un droit. Pensons aux peuples privés de liberté par des dictatures. C’est un acte citoyen qui exprime des convictions et qui donne un mandat à des représentants qui vont œuvrer pour la vie commune. C’est un devoir civique. S’il n’est pas obligatoire – des bulletins blancs expriment une interpellation même s’ils ne sont pas comptés dans le scrutin – un jour, peut-être, aurons-nous des référendums d’initiatives populaires ? La démocratie a besoin d’élans continus en cours de mandat. Les rencontres dans les quartiers pour rendre compte de l’action menée demeurent nécessaires ? Y participons-nous ? Voter, c’est déjà agir, contribuer et ne pas laisser d’autres choisir à sa place.

Voter dans une grande agglomération ou dans un village appelle à un regard différencié. Les politiques publiques dans les grands ensembles intercommunaux nécessitent une approche large plus affirmée encore : logement, transports, éducation, relations avec les sports professionnels, quartiers prioritaires, appréhension des violences urbaines, les trafics de drogues. Très souvent, l’élu anime et est soutenu par des Services administratifs et techniques compétents et spécialisés qui doivent en même restés proches et accessibles pour les citoyens.

Frères et sœurs, nous allons être invités à nous exprimer. La réduction des inégalités, le combat contre les violences, donner un projet à la communauté, tout cela a du sens. Voter, c’est dire à une équipe : mettons en œuvre le projet présenté. Il n’existe pas d’homme providentiel mais une équipe municipale au service d’un territoire, d’une population et cela permet d’aller loin.


1 : ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) étude de décembre 2025.

2 : Mgr Eric de Moulin Beaufort, site de la Conférence des Évêques de France, texte pour les élections municipales 2020.

3 : Télécharger le document « Propositions pour l’avenir du patrimoine religieux – Guide pratique pour les collectivités »