Il y a 30 ans, les moines de Tibhirine mouraient pour leur foi


Aujourd’hui vendredi 8 mai, l’Eglise rend hommage aux martyrs d’Algérie, 30 ans après leur assassinat entre 1994 et 1996. Parmi eux, le père Jean Chevillard, natif de l’Anjou.

En ce vendredi 8 mai, un hommage est rendu aux martyrs d’Algérie, 30 ans après leur assassinat entre 1994 et 1996. Une messe commémorative sera célébrée par l’archevêque de Paris à 18h à Notre-Dame.

De 1994 à août 1996, 7 frères de Tibhirine et 12 religieuses et religieux ont donné leur vie. Ils avaient tous fait le libre choix malgré le danger, de rester fidèles à l’Eglise d’Algérie et à leurs amis algériens. Ces 19 martyrs ont été béatifiés à Oran le 8 décembre 2018. Parmi ces figures de la foi, un Père Blanc natif de l’Anjou, Jean Chevillard, et des moines de Tibhirine qui sont passés par l’abbaye de Bellefontaine.

Le message des martyrs pour nous aujourd’hui

Pour Mgr Delmas interviewé sur RCF à ce sujet, cet anniversaire est « l’occasion de rendre grâce pour l’offrande de leur vie et de s’ouvrir aussi à la profondeur de leur message ».

« Deux semaines avant son martyre, Pierre Claverie disait pendant son homélie (on lui reprochait de rester en Algérie durant ces années de terreur) : ‘On me dit : ‘rentrez chez vous’, mais nous sommes ici en Algérie à cause de ce messie crucifié, à cause de rien d’autre et de personne d’autre. Nous n’avons aucun intérêt, aucune influence à maintenir. Nous ne sommes pas poussés par je ne sais quelle perversion masochiste ou suicidaire. Nous n’avons aucun pouvoir mais nous sommes là comme au chevet d’un ami, d’un frère malade, en lui serran la main, en lui épongeant le front. Comme Marie, comme saint Jean, nous sommes là au pied de la croix, où Jésus meurt abandonné des siens, raillé par la foule. N’est-ce pas essentiel pour un chrétien d’être là, dans un lieu de souffrance, de déréliction et d’abandon ?’ Ce message nous rappelle notre identité de chrétien. Nous pouvons, par de multiples manières, témoigner de notre appartenance au Christ en étant là où Jésus vit sa passion. Ce temps de Pâques est profondément un lien où le Christ souffre sur la croix », a confié Monseigneur Delmas.

Parmi ces martyrs, le bienheureux Jean Chevillard

Parmi ces martyrs, l’Angevin Jean Chevillard, un témoin de la foi pour aujourd’hui. Qui était-il ?

Il naît à Angers en 1925. Après ses études secondaires, animé d’une foi profonde et d’un esprit missionnaire, il entre chez les Pères Blancs et rejoint l’Afrique du Nord à l’âge de 17 ans. Il poursuit ses études en Tunisie et est ordonné prêtre en 1950 à Carthage. Nommé en Algérie, il y restera quasiment toute sa vie et y exercera différentes fonctions : économe au séminaire de Thibar, responsable de centres de formation pour les jeunes, supérieur régional puis, économe des Pères Blancs.

Il prend la responsabilité de la petite communauté de Tizi Ouzou en 1985. Il faut savoir que depuis 1993, la vie des étrangers présents en Algérie est menacée par le Front islamique du salut (FIS). Les pères en ont conscience mais restent par solidarité envers la population berbère.

L’attaque survient le 27 décembre 1994, le jour de sa fête. Ses confrères et lui sont assassinés par un commando islamiste. Le père Chevillard avait confié à ses proches peu de temps auparavant : “ Je sais que je peux mourir assassiné. Notre vocation, c’est de témoigner de la foi chrétienne en terre musulmane. Pour le reste, ‘Inch Allah !’

Le 8 décembre 2018, il est béatifié à Oran, avec les dix-huit autres martyrs d’Algérie.